Bonnes nouvelles : La reprise et la fronde sont là ! Ah bon, où ça ?

Bonnes nouvelles : La reprise et la fronde sont là ! Ah bon, où ça ?

Adrien Quatennens

 

Le fond

François Hollande use de tous les moyens qui lui sont offerts pour assumer pleinement sa déroute politique. Il en a encore fait la démonstration lors de son allocution télévisuelle du 14 Juillet 2014, jour où (sans doute est-il de bon augure de le rappeler), nous célébrions la Révolution Française. D’aucuns feraient usage à son encontre de l’appréciation bien célèbre « a touché le fond mais creuse encore ». Car en effet, tant dans les mesures de sa cote de popularité que réalise le tout Paris médiatique que dans celles visant à appréhender les résultats économiques de sa politique et en particulier les chiffres du chômage, le Président de la République a touché le fond.

 

La reprise

Quand on touche le fond, soit on tape du pied pour remonter, soit on continue de creuser. Visiblement François Hollande a choisi la seconde solution. Il préfère assumer ce qu’il a commencé en continuant à indexer sa politique sur l’idéologie du Medef et conserver son tablier de « bon élève de la classe Europe » plutôt que de prendre acte de son échec pour mieux changer de trajectoire. En faisant cela, c’est toute la Gauche qu’il déboussole pendant que la Droite patauge dans les affaires et que Marine Le Pen s’en frotte les mains. Il veut finir ce qu’il a commencé même si cela ne fonctionne pas. Et autant dire que s’il réalise ce qu’il ambitionne, les français vont payer l’addition de son entêtement idéologique. Si l’on était naïfs on pourrait penser qu’il est pris en otage et qu’en réalité il ne choisit pas ce qu’il fait et que peut-être « There is no alternative » comme disait Thatcher. Mais naïfs, ne soyons pas ! Il n’y a pas à dire, il est beau avec ses nouvelles lunettes. Mais il n’y a pas besoin d’une longue vue pour s’apercevoir que la politique économique de l’offre à laquelle il souscrit n’amènera pas la « reprise » dont il dit, depuis les dorures de l’Elysée qu’elle est déjà là, même s’il veut bien l’admettre embryonnaire !

 

La Fronde et le Front

Si on pouvait penser, il y a encore quelques mois, qu’il y avait de quoi former une majorité alternative à l’Assemblée Nationale, l’épisode effrayant des frondeurs du Dimanche a achevé de nous convaincre que la tâche était plus rude qu’anticipée. En effet, si dans les colonnes médiatiques, de nombreux élus PS et EELV semblent s’affranchir clairement de la politique solférinienne, dès l’heure du vote sur le budget rectificatif de Manuel Valls ou sur celui de la Sécurité Sociale arrivée, la fronde s’effondre et chacun rentre dans les rangs. Nous ne pouvons que le regretter. Les solfériniens l’ont bien compris et lancent déjà leurs missives pour appeler à l’unité en vue des prochaines échéances électorales dans un contexte de montée du Front National qui fait, selon eux, argument d’autorité. Pour le Parti de Gauche, cela est clair : il n’y a aucun intérêt à discuter à ce jour avec le PS si l’objet de la discussion est autre que la construction d’une politique de gauche alternative à celle menée par le gouvernement, capable de redresser le pays. Le Front de Gauche s’est construit sur l’idée même d’autonomie du PS, ayant pris acte de son tournant libéral et les raisons politiques de ce choix sont encore plus valables aujourd’hui, après deux ans de gouvernance PS, qu’elles ne l’étaient hier. Il n’y a donc pas lieu de varier d’un pouce sur cette question qui constitue le socle de notre stratégie. Quiconque s’y laisserait tenter s’écarterait de la trajectoire décidée par le Front de Gauche.

 

Histoire d’offre…

En souscrivant à la politique de l’offre, François Hollande assume qu’il mène une politique économique de droite. Car économiquement, c’est là que se situe l’une des principales frontières entre la Gauche et la Droite et c’est là qu’apparaissent également les impacts écologiques des politiques économiques. La politique de l’offre consiste à produire tout et n’importe quoi, n’importe comment du moment que cela ne coûte pas cher et se vende. Si cela ne se vend pas, on usera toujours de la publicité pour susciter l’envie et créer le besoin et les frustrations. Il s’agit donc de réduire les « coûts » à toutes les étapes du processus de production en dépit de l’impact social et écologique de cette production. Il faut chercher à être toujours plus « compétitifs » et viser l’exportation dans un contexte de concurrence accrue entre les entreprises, les nations et les peuples.

 

… Et de demande

Preuve, s’il en fallait une, que la politique de l’offre n’est pas celle qu’il faut mener, seuls 18% des chefs d’entreprises se plaignent d’un problème d’offre. En revanche, la grande majorité persiste à dire que c’est bien le carnet de commande et donc la demande qui pose problème. Or comment relancer la demande quand les politiques économiques menées ne permettent pas la baisse du chômage et contractent les revenus des français ? Comment peut-on raisonnablement penser que la reprise économique d’un pays ne passe que par la compétitivité de ses entreprises quand on sait que cette compétitivité nécessite des sacrifices et des plans successifs d’austérité ? Le pacte de responsabilité de François Hollande, largement orienté vers l’offre, ne fera que satisfaire l’appétence sans borne des porteurs de pin’s du Medef et n’améliorera pas la demande. Mais le Medef n’est pas « les entreprises ». Par conséquent, les PME et les artisans, ne verront pas leurs carnets de commande s’améliorer, le chômage ne diminuera pas, et le Président de la République restera seul à voir la reprise !

 

L’horizon 

C’est, plus que jamais, une politique de relance de la demande qu’il faudrait mener, par la pérennisation et le développement du modèle social français, la désobéissance assumée aux poncifs néolibéraux tout droit débarqués de Bruxelles et surtout par des politiques industrielles d’envergure qui permettront à la France de reprendre le goût du futur. La catastrophe écologique qui s’avance prouve que l’avenir industriel est à la bifurcation complète de notre modèle, qu’il s’agisse de nos modes de production, de distribution et de consommation. Cela est tellement plus ambitieux, tellement plus passionnant et tellement plus urgent que les politiques de comptables d’apothicaire imposées par la Troïka. Quelles politiques pour quelles finalités ? Voilà la question que les très intelligents des hautes sphères du pouvoir feraient bien de se poser à nouveau. Il en va de notre économie, il en va du bonheur de la population et il en va aussi, et plus généralement, de la survie de l’Humanité.

 

Conclusion

Enterrée « la finance ennemie », enterré le discours du Bourget, enterré « le dialogue social apaisé ». En souscrivant à la politique de l’offre et en appliquant les recommandations du Medef, François Hollande et le gouvernement Valls n’appellent pas d’autres réactions de notre part que celles que nous aurions à l’encontre d’un gouvernement de droite. Les syndicats l’ont bien compris. La rentrée promet d’être chargée.

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