La croissance, pour quoi faire ?

La croissance, pour quoi faire ?

Adrien Quatennens – 16/08/2014

 

Sortons les mouchoirs !

Les chiffres de la croissance au deuxième trimestre sont tombés, et avec eux bon nombre de prévisions.

Selon l’INSEE, après un premier trimestre de stagnation, la croissance française est restée au point 0 au deuxième trimestre.

Les prévisions de croissance annuelle doivent donc être revues à la baisse et cette stagnation du niveau de la production française serait la cause de tous nos maux. Bref, traduisons : Cela va mal et cela risque de continuer à aller mal !

Et qu’en est-il alors de nos amis du « modèle allemand » ?

Eh bien, il n’y a décidément pas de « modèle allemand » car celui-ci ne s’en porte pas mieux. Sa croissance, à lui, recule carrément au deuxième trimestre !

Bref, rien ne va plus, c’est le chaos, sortez les mouchoirs ! Il n’y en a plus dans le placard ? Courrez au magasin en acheter, vous ferez peut-être augmenter la croissance !

Où sont-ils, les magiciens ?

Mais alors, on ne comprend plus rien, où sont-ils ces petits génies qui voyaient venir la reprise ? Ceux-là même qui nous disaient les yeux dans les yeux « sentir » la reprise économique ? Où sont-ils ces grands magiciens des hautes sphères bruxelloises qui, à grands coups de lattes austéritaires nous promettaient des lendemains qui chantent ?

Ces gens là, malgré les chiffres qui tombent aujourd’hui en appellent à notre patience. Ils nous somment de croire qu’à force de persévérance, leur traitement de cheval va finir par guérir l’économie malade.

Ce tour là nous a été servi de trop nombreuses fois et les ficelles sont trop grosses pour ne point être vues.

En effet, tout le monde voit bien aujourd’hui que le traitement ne fait qu’aggraver la maladie et que la politique d’austérité nous mène tout droit à la récession.

Depuis leurs tours de verre, ils n’agissent que par pure idéologie. Sont-ils seulement capables de réflexion ? Nous sommes en droit de nous poser la question.

Les chiffres qui leur tombent sur le coin de la tête ne sont qu’à leur niveau : nuls.

Il est grand temps qu’ils s’en aillent tous !

 

Mais au fait, c’est quoi la croissance ?

 

Alors nous, qui ne disposons pas tous d’un doctorat en Economie, nous voyons bien que cela a l’air grave. Nous voyons bien que cette « croissance » a tout l’air d’être la religion la plus en vogue et qu’ils sont de nombreux gourous à nous prêcher la bonne parole (experts-économistes-médiatiques, androïdes de la commission européenne, gouvernements…). On sait que chaque trimestre, quand ce chiffre stagne ou diminue, nous devons pleurer et que quand il avance, nous devons faire la fête ! Mais au fait, c’est quoi la croissance ?

Si l’on se contente de l’expliquer sur le plan « comptable » ou mathématique, la croissance économique est la mesure de l’augmentation de la production de biens et de services dans un pays. C’est l’évolution de la richesse produite sur le territoire entre deux années ou entre deux trimestres. La production d’un pays est mesurée par le PIB (Produit Intérieur Brut). Le PIB est la somme des valeurs ajoutées (c’est à dire la différence entre la valeur produite et les consommations intermédiaires nécessaires à cette production). Le Produit Intérieur Brut d’un pays est en fait la somme de toutes les valeurs ajoutées des producteurs résidant dans ce pays. Enfin, la croissance est l’évolution du PIB sans tenir compte de la variation des prix.

Cela sert à mesurer la « bonne santé économique d’un pays ». En effet, il s’agit des richesses créées par un pays. Selon l’INSEE, deux tiers des richesses créées servent à rémunérer le travail des salariés et des personnes travaillant à leur compte, le tiers restant servant aux entreprises et aux administrations publiques. Les revenus des ménages sont utilisés pour consommer des biens et des services ou épargner (l’épargne étant de la consommation reportée à plus tard). Les entreprises utilisent leur part pour financer les moyens nécessaires à leur production et les administrations publiques s’en servent pour financer les investissements publics. La richesse produite, mesurée par le pays, c’est aussi l’ensemble des revenus distribués, la consommation et l’investissement et donc, en fait, la dépense.

 

La croissance, pour quoi faire ?

 

C’est dès lors que l’on se pose cette question que l’on touche aux limites de cet indicateur pourtant central dans notre économie. En effet, on peut se poser la question de l’utilisation centrale d’un tel indicateur qui ne mesure que la valeur des échanges économiques. Le PIB a de nombreuses limites. Il ne prend pas en compte les richesses qui ne résultent pas d’activités de production (plus-values boursières, par exemple). Les activités domestiques et bénévoles en sont exclues. En revanche, des activités absolument nuisibles sont comptabilisées dans le PIB. Ainsi, un embouteillage crée du PIB en augmentant la consommation d’essence et par là-même, l’activité de l’industrie pétrolière alors qu’il nuit à l’environnement et fait perdre du temps. Un accident de la route, le nettoyage d’une marée noire sont autant d’activités qui participent à la croissance.

La première limite du PIB, c’est qu’il ne reflète ni la nature ni l’impact environnemental de l’activité économique.

La croissance comme indicateur central d’une économie est en fait la résultante d’un imaginaire : croître c’est grandir, c’est progresser, c’est s’améliorer, c’est positif, cela apporte le bonheur. Or, on voit bien que ce n’est pas le cas.

La croissance participe du système productiviste, le capitalisme étant perçu par beaucoup comme étant le moyen le plus efficace de croître. Pour fonctionner, ce système use du travail et de la technologie sur fond de concurrence et de compétitivité.

Ce faisant, ce système est surtout créateur d’inégalités et participe de la catastrophe écologique qui s’avance à grands pas.

Mais, cela fait le lien avec mon article précédent, quelle est la finalité de nos activités ? Ce devrait être le bonheur humain. Or, cette simple définition de la croissance économique suffit pour affirmer qu’elle ne fait pas le bonheur.

Mais plus encore, là où l’on observe toute l’absurdité d’un modèle économique mondial basé sur la croissance, c’est quand on pose la question environnementale : Comment peut-on croire à une croissance illimitée au point d’en faire un objectif économique sur une planète aux ressources limitées ?

 

Si la croissance ne fait pas le bonheur alors que faire ?

 

En ces heures sombres où l’humain semble être davantage au service de l’économie que l’économie n’est au service de son bonheur, où la catastrophe écologique avance à une vitesse telle qu’il n’est plus seulement question de changer nos façons de faire mais qu’il s’agit désormais de changer vite, où les inégalités perdurent, les divisions s’exacerbent semant la guerre que l’économie mondialisée devait permettre d’éviter, on voit bien que la croissance économique ne répond pas aux exigences du nouveau Monde qu’il nous faut construire.

S’il y a des domaines dans lesquels il faut croître (santé, qualité environnementale…), il y a l’inverse bien des domaines dans lesquels il faut décroitre (créations de besoins inutiles, consommations ostentatoires, gadgetisations…).

Il est plus que temps de faire cesser ce grand déménagement du Monde sur fond de concurrence internationale qui nous fait courir à la catastrophe.

Il est grand temps d’envisager l’économie au sein de rapports de coopération et de mettre ainsi fin aux rapports de compétition.

Car, tant que notre économie mondiale sera basée sur la recherche de croissance économique, il s’agira toujours de créer de nouveaux besoins et d’alimenter la machine infernale du productivisme. Et, tant que le cadre de la production restera la concurrence et la compétition, les conditions sociales et environnementales de la production seront toujours les moins exigeantes si cela coûte moins cher.

Il est urgent de mettre des indicateurs alternatifs à la croissance au centre de nos préoccupations économiques (qualité de vie, qualité environnementale, développement humain, prise en compte du travail non productif, du bénévolat et du travail domestique). Cela est prôné depuis longtemps par de nombreux économistes.

Si nous ne le faisons pas, quel regard porteront sur nous nos enfants dans quelques décennies quand cette planète, à force d’en épuiser les ressources de façon anarchique, sera devenue inhabitable et qu’ils s’apercevront que les débats qui occupaient leurs parents reposaient sur « le chiffre de la croissance »,  « la compétitivité économique » ou encore « le niveau des déficits publics » ?

Nous devons nous employer à construire le Monde de demain. Celui-ci requiert bien plus d’intelligence et de savoir-faire que ceux dont disposent tous les androïdes de la Commission Européenne réunis. Celui-ci demande bien plus d’huile de coude et de travail que tous les idéologues du gouvernement et du Medef ne sont capables de fournir.

Finalement, la question qui se pose est peut-être la suivante : Serions-nous trop fainéants pour être intelligents ?

 

Le poison et l’antidote

 

Pour terminer cette note en pensant à tous ceux qui sont en vacances et qui préfèrent le visionnage à la lecture, je vous propose deux échantillons de poison et un embryon d’antidote vidéographique.

 

Le premier est un documentaire de Josh Fox, « GasLand » sur l’extraction américaine des gaz de schiste. Diffusé sur Arte mardi dernier, c’est calorique à en vomir et c’est à ne pas manquer ! Par ici : https://www.youtube.com/watch?v=HhnrHCHVHu4

 

Le second est un excellent documentaire sous forme de dessin-animé à mettre entre toutes les mains ! Il démontre de façon très ludique et pédagogique en quoi un modèle économique basé sur la croissance est un modèle « sans lendemain » : https://www.youtube.com/watch?v=a0J2gj80EVI

 

Enfin, le dernier pourrait être l’antidote aux deux précédents. J’ai découvert cette initiative sur le site internet du quotidien de l’écologie, Reporterre. Mélanie Laurent (oui, oui, l’actrice et réalisatrice française bien connue) et Cyril Dion (responsable d’une ONG) ont entrepris le tournage d’un documentaire ayant fait l’objet d’une campagne de financement sur Internet dont l’objectif est de montrer aux spectateurs les initiatives alternatives qui changent la vie à travers le Monde et qui contribuent ainsi à construire le Monde de « Demain ». La ministre de l’écologie a reçu les deux compères et leur a indiqué que le film serait diffusé devant les différents chefs d’Etats présents lors du sommet mondial sur le climat qui se tiendra en décembre 2015 à Paris. Un film qui appelle donc beaucoup d’espoirs et dont on espère ne pas être déçus. Peut-être sera t-il une réponse à la question posée pour conclure la précédente partie de mon développement. Le teaser, c’est par ici : https://www.youtube.com/watch?v=DHNnpgswImE

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