Le Peuple grec ouvre la voie, empruntons-la !

Le Peuple grec ouvre la voie, empruntons-la !

Adrien QUATENNENS – Jeudi 29 Janvier 2015

Un Peuple relève la tête

En ce début d’année tragique dont le plus fidèle tableau ressemblerait à s’y méprendre à une nuit noire et glaciale, le soleil grec s’est levé, suggérant son parfum de printemps des peuples à toute l’Europe. Ce Dimanche 25 Janvier 2015, en portant Syriza au pouvoir dans leur pays, les grecs relèvent la tête. Ils relèvent la tête après des années de souffrances endurées. Et endurées pourquoi s’il vous plait ? Pour rien. Pour rien sinon pour satisfaire l’appétit des puissants et leur idéologie bornée. Les politiques ineptes et cruelles de la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) ont mis le pays à terre au nom de traités dont l’application est souvent antinomique du bon sens. Cette politique de petits boutiquiers pour tenir les comptes en ordre appliquée à la lettre a mis la Grèce à genoux. Il était temps que le Peuple grec se lève. C’est chose faite !

C’est chose faite mais ce fût long. Depuis le milieu des années 1970, le Peuple grec a eu à supporter les alternances successives de la droite (Nouvelle Démocratie) et du parti socialiste (PASOK). Alternance sans réelle alternative, à l’image de ce que nous pouvons facilement constater en France dans l’alternance UMP/PS. Aucune alternative n’est d’ailleurs possible quand les forces politiques en présence n’ont que le marché et la libre concurrence pour modèle. Avec la construction de l’euro, une âpre réalité est apparue aux yeux des grecs : le déficit public avait été maquillé par la banque Goldman Sachs pour faciliter l’entrée du pays dans la monnaie unique. C’est avec l’arrivée de la crise de 2008 et sa contagion internationale que commence le cauchemar des grecs. Les politiques d’austérité, remède de cheval imposé par la Troïka à la Grèce avec la capitulation de Georges Papandreou (Parti Socialiste PASOK), n’ont fait qu’aggraver la crise : le remède, au lieu de soigner le malade, a pour effet d’aggraver son état ! Entre 2010 et 2013, les grecs ont eu à subir 11 plans d’austérité. 11 plans d’austérité appliqués arbitrairement, totalement inefficaces mais terriblement dévastateurs pour le pays. Ces plans visaient à réduire la dette et ont eu pour effet de l’accroître considérablement (celle-ci est passée de 113% du PIB en 2008 à 175% du PIB en 2014). L’alimentation de ce puits sans fond détruit toutes les richesses productives du pays et le PIB lui-même s’effondre. Les effets de ces politiques sur la population sont catastrophiques : taux de chômage en hausse de 15% entre 2010 et 2014, baisse des pensions, baisse des salaires en général et baisse du salaire minimum, coupes dans les services publics (jusqu’à l’extinction de la télévision publique), moindre remboursement des frais de santé, suicides. Bref, nous qui en France luttons aussi contre les politiques de la Troïka en Europe, n’avons pas idée du véritable martyre qu’a subi le peuple grec.

Dans ce décor cataclysmique conçu par la Troïka avec le consentement de la droite et des sociaux-libéraux en Grèce, de nouvelles forces politiques ont émergées. Ce fût notamment le cas d’Aube Dorée, ce parti d’extrême droite qui trouva écho du mécontentement du Peuple. Mais pendant que les médias braquaient leur caméra sur ce parti et sur la descente aux enfers de la Grèce, Syriza pointait déjà le bout de son nez. Si les médias français comparent Syriza au Front de Gauche et Alexis Tsipras à Jean-Luc Mélenchon, ce n’est pas par hasard. Quoiqu’il y ait quelques différences de formes et de fond entre les deux formations, elles sont des formations amies qui travaillent ensemble en Europe. Comme le Front de Gauche, Syriza est une coalition de plusieurs partis de l’autre Gauche (en Europe, on appelle « l’autre Gauche » la Gauche qui ne s’accommode pas du libéralisme économique, autrement dit, les forces se trouvant généralement à la Gauche du Parti Socialiste). Comme le Front de Gauche, Syriza en appelle à la reprise du pouvoir par le Peuple en l’invitant à reconquérir sa souveraineté confisquée par la Troïka en Europe avec la collaboration des dirigeants nationaux. Il s’agit de remettre la politique et l’économie au service de l’humain et non pas l’inverse comme c’est le cas aujourd’hui. Cela passe par un programme large de reconquête des biens communs avec notamment l’accès gratuit à tous les services publics de santé et d’éducation, la gratuité des premières tranches de produits essentiels à la vie avec une tarification progressive contre les mesusages (c’est le cas par exemple de l’électricité), la réduction des tarifs de transports publics, la revalorisation des pensions de retraites, etc… Bref, tout ce que peut contenir un programme d’une Gauche qui assume le fait que l’économie doit servir l’Humain avant que l’Humain ne serve à l’économie.

Syriza, le « Qu’ils s’en aillent tous » grec !

Les grecs viennent de traduire dans les urnes le point de non-retour décris mille fois par Jean-Luc Mélenchon, le « Qu’ils s’en aillent tous » qui est le titre de son livre de 2012 dont est tiré cet extrait où il parle de la France : « « Qu’ils s’en aillent tous ! » Ce sera demain le slogan de millions de gens. Ils iront prendre aux cheveux les importants parce qu’ils sont excédés de les voir piller et saccager notre pays, gaspiller les efforts des travailleurs, dilapider les savoir-faire, solder nos innovations et condamner la population de la cinquième puissance économique du monde à une misère croissante et au recul de tous les acquis sociaux arrachés en un siècle et demi d’Histoire. Ils le feront, révulsés par les mœurs arrogantes des amis de l’argent, écoeurés par le mode de vie égoïste qu’ils imposent, indignés par les attrape-gogos du genre « Travailler plus pour gagner plus », « Moraliser le capitalisme », « Grenelle de l’environnement », j’en passe et des meilleures. (…) En phase active, « Qu’ils s’en aillent tous » sera un feu d’artifice mille fois plus large. Car la consigne ne visera pas seulement ce président, roi des accointances, et ses ministres, ce conseil d’administration gouvernemental de la clique du Fouquet’s ! Elle concernera aussi toute l’oligarchie bénéficiaire du gâchis actuel. « Qu’ils s’en aillent tous ! » : les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment tout ce qui est humain en marchandises, les émigrés fiscaux, les financiers dont les exigences cancérisent les entreprises. Qu’ils s’en aillent aussi, les griots du prétendu « déclin de la France » avec leurs sales refrains qui injectent le poison de la résignation. Et pendant que j’y suis, « Qu’ils s’en aillent tous » aussi ces antihéros du sport, gorgés d’argent, planqués du fisc, blindés d’ingratitude. Du balai ! Ouste ! De l’air ! ». Ce « Qu’ils s’en aillent tous » vérifiés des révolutions citoyennes d’Amérique Latine arrive en Europe, par la Méditerranée. Il était temps !

Les grecs viennent de faire la démonstration que, malgré les souffrances, on peut renverser la table en convaincant, par l’opiniâtreté, pacifiquement avec des bulletins de vote. Non seulement renverser la table mais surtout donner aux problèmes rencontrés une issue raisonnée, positive, à mille lieux des discours de guerre civile et de divisions entre les Peuples. Finalement, il est certain que tôt ou tard l’Histoire vient à nous. Elle ne vient pas à nous faute de mieux, par dépit. Elle vient à nous parce qu’il est certain que seules les solutions que nous proposons sont capables de régler les problèmes et les grands défis de notre temps mais aussi parce que l’horizon que nous proposons redonne simplement du sens à notre existence. En effet, nous défendons un projet politique au service du bonheur et des jours heureux, dans le souci de la préservation de notre écosystème. L’économie au service de l’humain dans le respect de la planète. Oui, c’est un projet politique qui a de l’avenir et qui est foncièrement opposé à ce qui se fait actuellement : L’humain et la planète au service de l’économie. Il est temps d’en finir avec ce vieux monde de la croissance infinie et de la pressurisation des peuples au service de l’économie. Il est temps d’en finir avec ce vieux monde qui permet le saccage de notre héritage le plus essentiel car nécessaire à notre vie : notre planète. Il est temps d’en finir avec ce vieux monde dans lequel 1% de l’humanité se partage plus de la moitié des richesses, où les 80 personnes les plus riches ont vu leur fortune encore augmenter de 600 milliards de dollars, tandis que 3,5 milliards de pauvres se sont appauvris. Il est temps d’en finir avec ce vieux monde où pendant qu’une minorité se gave, 80% de la population doit se partager les miettes, c’est-à-dire 5,5% de la richesse restante (chiffres de l’ONG Oxfam). Il est temps d’en finir avec ce vieux monde des politiciens motivés uniquement par leurs intérêts privés. Il est  temps d’en finir avec ce vieux monde. C’est ce que les grecs nous proposent de commencer avec la victoire de Syriza. Commencer le nouveau monde.

Le bal des faux derches 

Même si l’on sait bien que les 7 millions de français qui ont marché le weekend du 10 et 11 janvier suite aux attentats derrière les banderoles « Je Suis Charlie » n’étaient pas tous des lecteurs de Charlie Hebdo (le journal n’était vendu qu’à 30 000 exemplaires), on peut comprendre que ce que représente le journal, à cet instant, a largement dépassé son lectorat et c’est d’ailleurs tant mieux. En revanche, ils sont trop nombreux à dire « Nous sommes Syriza » après la victoire d’Alexis Tsipras en Grèce pour être pris au sérieux. Le Syriza au pouvoir a bien plus de défenseurs que le Syriza qui prétendait le prendre. Etrange non ? Je veux parler du bal ahurissant des faux derches qui se sont empressés de soutenir Syriza pour aller dans le sens du vent. Dans le journal l’Humanité, Maurice Ulrich a parfaitement décrit la chose en disant que le Front National ou le Parti Socialiste qui soutiennent Syriza, c’est un peu le coucou qui vient pondre ses œufs dans le nid des autres. Pas sûr que cela marche mais ce qui, en revanche, fonctionne à merveille, c’est la musique des petits répétiteurs de l’information cathodiques ou publicitaires ! Regardons voir de plus près !

Le plus gros enfumage est celui des médias qui, parce que Marine Le Pen et certains au Front National ont fait des sorties médiatiques en disant soutenir Syriza, ont relayé sans discernement cette information de manière à dire que, tout de même, c’est une étrange coalition qui soutient Syriza depuis la France, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen ! La vérité est que la victoire de Syriza fait naître d’étranges et opportunes conversions. Quand on sait l’opposition idéologique entre Syriza et le Front National, les ficelles sont facilement détectables. Encore, s’il n’y avait que le Front National, mais non, il y a aussi le Parti Socialiste à qui la victoire de Syriza lui fait se sentir pousser des ailes. Ce Parti Socialiste qui en 2012, lorsqu’Alexis Tsipras était venu à Paris, n’avait pas souhaité le rencontrer alors que Jean-Luc Mélenchon avait insisté partout pour qu’il soit reçu. Quand on voit la ligne politique du gouvernement actuel sensé être l’ennemi de la finance, on se dit qu’une rencontre avec les dirigeants de Syriza aurait pu leur être profitable pour leur rappeler un peu pourquoi ils ont été élus ! Mais non, ceux-là avaient décidé de snober Alexis Tsipras et préfèrent aujourd’hui persévérer dans les politiques ineptes, à l’image de la loi Macron en discussion ces jours-ci à l’Assemblée Nationale et qui contient tout ce qui pourrait motiver l’opposition de Syriza et qui motive d’ailleurs la nôtre.

On comprend pourquoi le Parti Socialiste, subitement, se range derrière Syriza. La vérité est qu’ils ont du mal à avaler le résultat de leurs homologues grecs. En effet, le Parti Socialiste grec, le PASOK, vient de prendre une raclée avec un score de 5%. Leur conversion au libéralisme économique, l’ambiance de corruption et de soumission qui y règne viennent de les remettre à leur juste place. Au tapis ! C’est le même sort qui attend le Parti Socialiste français. A continuer dans sa direction droitière, en niant le mandat que le Peuple lui a donné, il finira aux oubliettes et c’est bien ce qu’il mérite. Nous nous amusons de les voir venir jouer les soutiens de l’autre Gauche européenne, conscients qu’ils sont de leur déroute. Quant à la droite, pour eux, la victoire de Syriza est une catastrophe qui bousculent leurs certitudes. Alors, ils crient au scandale, à l’irresponsabilité. On le comprend car entre eux et un parti comme Syriza, s’exprime l’essence du clivage Gauche/Droite, ce qui n’est pas le cas dans les accointances PS/UMP qui, en définitive, font la même politique et soutiennent la même trajectoire européenne. Syriza c’est le camp qui donne le pouvoir au Peuple, la droite c’est le camp qui le musèle pour conserver le pouvoir. On ne rappellera jamais assez comment sont nées la Gauche et la Droite : De cette opposition entre Souveraineté du Peuple et pouvoir d’une minorité. Voilà ce qu’est depuis qu’il existe, le vrai clivage Gauche/Droite. Ce clivage ne s’entretient pas de confusions opportunes, le Peuple n’est pas dupe ! Quand il voit Syriza arrivé au pouvoir en Grèce, il sait reconnaître qui sont ses vrais soutiens en France.

Vouloir une autre Europe n’est pas être anti Europe !

Avant même que Syriza ne gagne en Grèce, les médias avaient déjà entamé la partition de la diabolisation : « L’extrême gauche aux portes du pouvoir » ! Derrière leurs formules ils voulaient que vous lisiez que les sauvages arrivent, qu’il fallait vite se mettre aux abris. Ils ont fait la démonstration de leur incapacité de discernement. Il n’y a pas de nuances possibles, ni d’alternative pour ces gens-là. Il faut marcher droit ! Tout ce qui s’éloigne du dictat européen est « extrême » ou « anti-européen ». Le soir de la victoire de Syriza, les commentateurs s’en sont donnés à cœur joie : « C’est un bras d’honneur à l’Europe », « la victoire des populistes ». Nous les comprenons, cela a été dit mille fois. Ils ont peur. Quand le Peuple se lève, menace de renverser la table et de reprendre le pouvoir, les puissants ont peur. Les puissants, ce ne sont pas que les androïdes de la commission européenne. Ce sont aussi leurs vassaux médiatiques, chiens de garde et deuxième peau du système. La mesure de leur peur doit nous encourager. Enfin, la peur change de camp ! Ils ont peur et pourtant nous ne menaçons pas de leur couper la tête. Ils ont peur de ce que nous voulons faire : l’Humain d’Abord ! C’est inquiétant, non ? Et c’est parce qu’ils ont peur qu’ils utilisent notamment les médias pour masquer la vérité de ce que nous sommes et de ce qu’est Syriza.

Ni le Front de Gauche en France, ni Syriza en Grèce ne sont des forces anti-européennes. Au contraire, en Internationalistes que nous sommes, nous savons que nos propositions ont besoin d’une coopération entre les Peuples, en opposition au repli sur soi. Nous ne sommes pas contre l’Europe. Pas plus que nous ne voulons lui faire de bras d’honneur ou lui cracher dessus. L’Europe a été créé au lendemain de la guerre avec de nobles intentions. La construction européenne est d’ailleurs souvent présentée comme un rêve de paix, de prospérité et d’amitiés entre les Peuples. Mais très vite, les nobles intentions ont fait place au libéralisme économique. A notre « Plutôt la coopération entre les Peuples que la guerre », ils ont opposé leur « plutôt le libre marché que le communisme ». L’Europe aujourd’hui, de par les politiques économiques absurdes qu’elle impulse, est synonyme de chômage, de régression sociale et de négation de la souveraineté des peuples. C’est à cette Europe là que nous sommes opposés. Pas à l’Europe en tant que telle, au contraire. C’est nous qui voulons redonner à l’Europe le sens qu’elle avait à sa construction, ce sens de paix entre les peuples. Nous sommes opposés à cette Europe du tout-marché, de la concurrence libre et non faussée, de la compétition généralisée érigés en dogmes irréfutables et de la finance reine qui justifient des politiques absurdes qui ruinent les pays et sèment la misère pendant que quelques uns se gavent.

Certains proposent la sortie de l’Union Européenne. Pas nous ! Pour nous, sortir de l’Union Européenne sera l’ultime solution et nous ne la souhaitons pas. Avant d’envisager quelque sortie que ce soit, c’est justement parce que nous savons que les peuples d’Europe ont besoin de la Gauche et que le Monde a besoin d’une Europe de Gauche que nous voulons mener le combat à l’intérieur de l’Union Européenne, pour la réorienter. Cela suppose d’assumer un rapport de force diplomatique. Ceux qui proposent d’en sortir décident de ne pas mener le combat et de capituler, pas nous, pas Syriza ! En revanche, nous refusons de nous soumettre au dictat de la Troïka comme le font main dans la main la droite et les sociaux-libéraux. C’est en cela que nous leur faisons peur car, nous venons contester et nous viendrons bousculer l’ordre établi. Contre eux, nous mènerons le combat idéologique car il doit être mené. Nous ne sacrifierons pas les Peuples pour l’Europe. L’Europe n’est pas condamné à l’austérité à perpétuité. Cette politique est imposée par la finance, les traités européens et le gouvernement allemand avec l’aide des sociaux-libéraux et de la droite européenne. Nous devons mettre fin à cette catastrophe économique et sociale avant qu’elle ne devienne une catastrophe politique dont la pente serait glissante et pourrait mener à rejouer l’Histoire.

Nous ne sommes pas les anti-européens qu’ils décrivent. Nous sommes ceux qui veulent redonner à l’Europe son visage original. Cela a été parfaitement décrit dans le livre de Matthias Tavel, « Le Cauchemar européen, comment s’en sortir ! » auquel je vous renvoie. Dans son livre, Matthias remet les pendules à l’heure sur ce que nous défendons pour l’Europe. Il conclut ainsi : « L’Europe devait être la solution. Elle est devenue une partie du problème. L’Union européenne dans sa forme actuelle avec ses traités, doit être refondée entièrement pour mettre fin au chômage de masse, à l’appauvrissement des peuples et à la confiscation de la souveraineté populaire. Soit la pression populaires et des gouvernements déterminés et audacieux y parviennent. Soit l’UE mourra car les peuples n’accepteront plus longtemps ces politiques barbares. La crise, c’est eux. La solution, c’est nous ! ». Voilà en vérité qui nous sommes. Nous ne sommes pas ces anti-européens barbares que décrivent les médias. Nous sommes ceux qui veulent l’avenir de l’Europe. Une Europe par et pour les peuples. Nous voulons tenter de la réorienter. Nous pensons que cela est possible et nécessaire et nous sommes opposés à ceux qui proposent de la quitter sans condition. Nous ne la quitterons que si nous n’aboutissons pas dans notre combat idéologique en son sein car nous refuserons alors de faire payer au Peuple le prix des politiques odieuses de la Troïka. Ce prix qu’a payé dans sa chair le Peuple grec.

La dette, épouvantail de mise au pas des peuples

Ceux que certains font avec des armes et des bâtons, nous le faisons avec des mots, des arguments, des débats. C’est pour cela que nous faisons de la politique. Mais nous sommes des têtes dures, opiniâtres, aux convictions charpentées. Méthodiquement, nous déconstruisons les arguments de nos adversaires politiques pour faire de la place pour les nôtres sur la table. Ainsi, avec la « dette », ils pensaient avoir trouvé le verrou idéologique qui les prémunirait. C’est ce verrou qu’ils nous donnent l’occasion de faire sauter. Le Parti de Gauche répond à son exigence d’éducation populaire. Les arguments que nous construisons doivent être partagés pour que chacun se les approprie et les partage à son tour. C’est ainsi que, depuis Dimanche, Jean-Luc Mélenchon profite des invitations médiatiques qu’on lui propose afin d’avoir la parole du « Tsipras français » (en effet, les médias appellent Alexis Tsipras le « Mélenchon grec ») pour déployer un argumentaire très complet sur la dette. Argumentaire que je me suis approprié pour vous le partager à mon tour afin que vous vous l’appropriez vous-même et puissiez le partager dans vos discussions en famille, entre amis ou entre collègues. Afin que vous puissiez vous opposer au discours ambiant sur la dette et être vous aussi un rempart contre la bêtise. La dette, la dette et encore la dette ! Cette dette qui n’est qu’un épouvantail de mise au pas des peuples, un argument sensé faire autorité mais qui n’est en réalité qu’un écran de fumée.

Bien entendu, le sort de la dette Grecque est intimement lié au futur du pays. Syriza a d’ailleurs remporté les élections largement grâce aux réponses qu’il propose à ce sujet. Les puissants agitent le spectre de la dette et dénoncent l’irresponsabilité de ceux qui osent la remettre en cause. Ils expliquent partout que ne pas la payer serait synonyme de désastre économique. En réalité, voilà plusieurs années que les grecs se plient à des politiques sensées leur permettre de la payer et c’est cette tentative de payer qui provoque le désastre économique. La vérité est que cette dette est impayable. Tout le monde le sait. Ce qui est absurde ce n’est pas dire qu’elle ne sera pas payée, c’est le contraire. Pour la payer, le peuple concerné aurait à y consacrer toutes ses ressources à perpétuité. La dette grecque représentait 120% de la richesse annuelle du pays en 2008 et, après 5 années d’austérité pour la payer, elle représente près de 190% de la richesse produite en une année. C’est encore un manque de discernement qui permet que soit relayé le discours de ceux qui se croient très intelligents en blablatant des phrases communes et toutes faites à ce sujet du type « une dette n’est pas faite pour être effacée, elle existe, elle doit être remboursée. » Dans cette famille, on trouve notamment Pierre Moscovici !

En réalité, c’est sur la nature de la dette elle-même qu’il faut s’interroger. Dans le cas de la dette grecque, le capital a largement été remboursé. Ainsi ce n’est plus la dette en tant que telle mais des intérêts qu’on demande aux grecs de payer. Il faudrait donc empêcher de dire « payer la dette » et dire « payer les intérêts ». C’est alors que l’on pourrait s’interroger sur le montant de ces intérêts et leur justification. Et puis, si les intérêts sont une contrepartie exigée pour couvrir le risque de défaut, il faut bien accepter alors que ce risque puisse devenir une réalité, non ? C’est pour payer ce risque qu’ils ont saigné la Grèce.

Alexis Tsipras a très bien fait de mettre en garde le gouvernement allemand sur le sujet de la dette. Car en effet, comme le rappelle Jean-Luc Mélenchon, « il arrive que les prêteurs soient conscients du fait que leurs exigences sont insoutenables et que, s’ils les maintiennent, tout le système qui les contient eux-mêmes pourrait s’effondrer. C’est ce qui s’est produit au lendemain de la seconde guerre mondiale à propos de l’Allemagne vaincue ». En effet, la dette colossale de l’Allemagne envers les autres pays issue des frais de l’occupation a été largement annulée. C’est également le cas d’un exemple plus récent qui est la dette de l’Irak qui a été rayée d’un trait de plume parce que jugée « odieuse » par les Etats-Unis eux-mêmes ! Ainsi, Alexis Tsipras a précisé aux allemands que, s’ils refusent de discuter à propos de la dette grecque, alors, la Grèce acceptera la thèse du remboursement obligatoire et indépendant de toutes circonstances et contraindra l’Allemagne à payer la dette qu’elle a envers la Grèce, liée au frais d’occupation ! Cela représente 168 milliards d’euros actuels et devrait permettre d’aider la Grèce à rembourser sa dette si toutefois les dirigeants européens voulaient absolument jouer à ce jeu là. Et si vous êtes tentés, comme beaucoup de dire que la dette de l’Allemagne pour  les frais d’occupation fait partie de l’Histoire ancienne et qu’il faut savoir tourner la page, nous vous suivrons dans cette argumentation. Mais alors il faut que l’acte de tourner la page s’applique dans tous les cas ! Aussi, il est ignoble d’associer tout le Peuple grec à la contraction de cette dette dont on sait, non seulement, qu’elle est composée d’intérêts sur les intérêts et de purs produits financiers mais aussi que c’est un petit nombre qui maquilla l’état des comptes publics grecs avec l’aide de la banque Goldman Sachs.

Autrement dit, on voit bien que la question de la dette grecque, présentée comme un fait indiscutable est bel et bien discutable et que l’imposer comme responsabilité du Peuple grec lui-même, c’est rajouter de l’odieux à l’ignominie du procédé. Même économique, la guerre reste la guerre. Nous sommes pour la paix !

D’Athènes à Paris en passant par Madrid, vite, le Domino !

Il est certain que, si le Peuple grec vient de relever la tête, pour Syriza, le plus dur arrive. Car, bien évidemment, les puissances de l’argent sont considérables et elles vont se mettre en ordre de bataille contre ceux qui les contestent. C’est pourquoi c’est une ascension de montagne qui attend nos camarades grecs. Rude bataille qui sera menée pour le Peuple et avec son soutien massif, ce qui la rend particulièrement noble. Avec Syriza au pouvoir en Grèce, c’est un maillon de la chaîne austéritaire européenne qui vient de rompre. Cela est beaucoup mais ne suffira pas à faire rompre la chaîne tout entière. Nous en espérons donc un effet immédiat de contagion, un effet « Domino », et nous sommes déjà au travail pour le rendre possible. Il nous faut commencer par soutenir de toutes nos forces l’action du nouveau gouvernement grec dirigé par notre camarade Alexis Tsipras.

Après la Grèce, premier accomplissement de notre plan en Europe, c’est vers l’Espagne que doivent se tourner nos regards et notre soutien. Là-bas, le tout nouveau parti « Podemos », force issue du mouvement des indignés, atteint des sommets qui laissent penser qu’il peut être le prochain parmi les nôtres à prendre le pouvoir. Ce sera pour la fin d’année 2015. Podemos va encore plus loin que Syriza sur la remise en cause du système politique traditionnel. Podemos balaye la vieille politique et cherche l’implication populaire de masse en faisant que le Peuple lui-même s’empare de la politique. Syriza en Grèce, comme Podemos en Espagne doivent être des moteurs de notre inspiration.

Car en France, l’énergie est là, disponible pour en faire tout autant. Face à la démonstration désormais achevée des accointances idéologiques entre la droite et le Parti Socialiste, il y a de la place pour une alternative pour celles et ceux qui ne se laissent pas convaincre par les discours de l’extrême droite. Avec le Front de Gauche, nous avons commencé il y a 6 ans, à construire cette grande coalition de l’autre gauche qui a permis de redonner de la couleur à notre camp. Bien que le Front de Gauche reste notre outil principal, il a atteint ses limites. L’objectif demeurant la constitution d’un Front du Peuple capable de reproduire ce que vient de faire Syriza en Grèce et ce que fera demain Podemos en Espagne, nous devons travailler avec le Front de Gauche à aller plus loin.

Politiquement, plus loin c’est déjà là. Il suffit d’observer les forces en présence au meeting parisien de soutien à Syriza pour comprendre que les bases d’une nouvelle coalition nécessaire sont là. Les forces du Front de Gauche étaient là et notamment Jean-Luc Mélenchon pour le Parti de Gauche, Pierre Laurent pour le Parti Communiste Français, Clémentine Autain pour Ensemble. Mais il y avait aussi des représentants d’Europe-Ecologie-Les-Verts emmenés par Cécile Duflot, des socialistes affligés comme Liêm Hoang-Ngoc, des représentants de Nouvelle Donne comme Pierre Larrouturou. Bref, il y a matière à rassembler l’autre Gauche française, du Rouge au Vert en passant par le rose très vif ! C’est sans aucun doute à cela qu’il nous faut d’urgence travailler, sans exclusive. C’est ce que nous faisons déjà et sans attendre en concrétisant les prémices de cette nouvelle offre politique pour les élections départementales de Mars 2015. A cette heure, les négociations ont abouties et le nombre de listes que le Front de Gauche présentera en commun avec Europe-Ecologie-Les-Verts sera a peu près égal au nombre de listes pour lesquelles cela n’a pas encore été rendu possible. Au Parti de Gauche, nous travaillons d’arrache-pieds à ce rassemblement nécessaire. Nous ne voulons pas faire du témoignage. Nous voulons prendre le pouvoir dans ce pays et ainsi être un prochain maillon de la chaîne, comme Syriza en Grèce.

Mais au delà de l’offre politique, nous n’oublions pas notre deuxième jambe sans laquelle l’équilibre est impossible : l’implication populaire. C’est pour cela que nous marchons aux côtés des syndicats, des associations et des mouvements citoyens. Nous visons un objectif commun dans la diversité de nos formes. C’est tous ensemble, rassemblés, dans le respect de notre diversité que nous pourrons y arriver. C’est aussi pour cela que nous continuons le développement du nouveau Mouvement pour la 6ème République qui peut constituer notre dénominateur commun autour des valeurs de la République à laquelle nous voulons proposer un vrai projet politique émancipateur. Quelle grande réussite cela constituerait si le Peuple français rassemblé le Dimanche 11 Janvier 2015 autour des valeurs de la République pouvait emprunter ce chemin.

Dès maintenant et tous ensemble, travaillons quotidiennement et par tous nos moyens ! Qu’il s’agisse de s’impliquer en politique, de militer dans une association, un syndicat ou simplement de convaincre autour de soi en mettant les sujets sur la table des repas de famille ou entre amis, aucun effort ne sera inutile, tout notre courage sera nécessaire pour donner vie à ce qui peut constituer aujourd’hui notre nouveau slogan :

Aujourd’hui Athènes, demain Madrid, vivement Paris !

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