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Loi travail : refusons une vie pourrie!

LOI EL KHOMRI : REFUSONS UNE VIE POURRIE !

Ce Jeudi 31 mars nous sommes de nouveau appeler à faire grève et à manifester partout en France contre le projet de Loi « Travail ». Loin de proposer une solution au chômage des jeunes, cette loi entend favoriser la « souplesse » du marché du travail en sabrant dans les droits sociaux garantis par le code du travail.

Avec la loi El Khomri, bienvenu dans un monde où la durée légale du travail est dérégulée avec des journées de 12h et des semaines de 46 h, un monde où les salaires sont réduits même sans raison économique, bienvenue dans un monde où l’on encourage l’embauche en facilitant les licenciements !

Cette loi c’est avant tout un cadeau en or pour le MEDEF et les multinationales. Une fois de plus, les ouvriers, techniciens, les PME et TPE sont laissés sur le carreau.

Depuis plusieurs semaines, le mouvement s’organise : 500 000 manifestants lors de la journée de grève précédente, des lycées et universités en grève et en blocage. Il nous faut maintenant monter en puissance : rendez-vous demain pour faire entendre votre voix ! Ne laissons pas ce gouvernement réactionnaire détruire le code du travail !

Le Parti de Gauche Nord sera présent dans les cortèges à Lille, Valenciennes, Douai, Dunkerque. Rejoignez la foule des insoumis face à l’injustice !

A Valenciennes : 10h00, Place d’armes

A Douai : 10h00, Places d’armes

A Dunkerque : 15h00, Place Jean Bart

A Lille : 14h30, Porte de Paris

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Réuni à Lille les 26, 27 et 28 mars pour son conseil national et sa convention programmatique, le Parti de Gauche a adopté à l’unanimité la déclaration suivante :

La loi El Khomri est l’une des plus anti-sociales de la 5ème République. Elle vise à déconstruire et casser le fondement du code du travail. Les reculs partiels du gouvernement suite aux premières mobilisations n’y changent rien. C’est la philosophie de la loi qui est mauvaise : en imposant l’inversion de la hiérarchie des normes, l’accord d’entreprise devient supérieur à la loi afin de baisser les salaires, flexibiliser le travail, contourner au maximum les droits des salariés et les droits syndicaux.

Cette loi va pourrir les vies professionnelles comme privées sans aucune conséquence positive pour l’emploi. Elle s’inscrit dans un contexte où le capitalisme financier transnational, par l’ubérisation de la société, veut imposer une dérégulation totale du marché du travail.

La jeunesse l’a bien compris. Les salariés également. Et plus globalement une écrasante majorité de la population française qui refuse ce projet.

Le Parti de Gauche met toute sa détermination et son énergie au service de l’amplification de la mobilisation pour exiger son retrait. Nous pouvons faire reculer pour la première fois le gouvernement Valls. Cette victoire redonnerait confiance au peuple dans sa capacité de reprendre en main son destin.
C’est pourquoi le Parti de Gauche appelle à se mobiliser largement pour la prochaine grande journée du 31 mars et autant de semaines qu’il le faudra aux côtés de la jeunesse, des organisations syndicales, des initiatives citoyennes.

Cette bataille centrale pour le PG n’est pas contradictoire avec le débouché politique que nous entendons construire pour 2017 en appuyant la proposition de candidature de Jean-Luc Mélenchon pour une France Insoumise. Au contraire, une victoire sociale renforcerait la crédibilité d’une véritable alternative à la politique que le peuple subit en France et en Europe.

loi el khomri

https://www.lepartidegauche.fr/communique/declaration-conseil-national-pg-26-mars-adoptee-l-unanimite-34530

Résolution politique

Résolution adoptée au CN des 13 et 14 octobre 2012

 

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Les majorités de l’Assemblée nationale et du Sénat viennent de ratifier le TSCG. La nouvelle mandature débute sur une voie sans issue. Au mépris du vote des Français, la continuité avec la politique de Sarkozy l’a emporté sur les promesses du changement. Le Premier Ministre J.M. Ayraulta dû reconnaître, après de nombreux mensonges, qu’il s’agissait, exactement comme nous le disions, du texte élaboré au mot près par Merkel et Sarkozy. Le pacte de croissance annexé ne représente aucun apport sérieux en terme d’investissements et aucune orientation n’est donnée sur les priorités et notamment sur les nécessités d’investissements massifs pour la transition énergétique.

La droite ne s’y est pas trompée et a voté la ratification avec enthousiasme. Le refus d’un débat public conclu par un référendum, comme la manière expéditive dont s’est organisée la discussion parlementaire, confirme que l’austérité porte en elle le viol de la démocratie. Une institution austéritaire, le Haut Conseil des finances publiques, non élu, a vu le jour dans le pays de la Révolution Française pour réduire la souveraineté des élus du peuple sur le budget. Cet épilogue désastreux était, hélas, en filigrane dans les premiers mois du nouveau pouvoir.

Pendant qu’il renie ses engagements sur l’amnistie des syndicalistes condamnés et sur une loid’interdiction des licenciements boursiers, François Hollande multiplie les gestes en direction du Medef jusqu’à reprendre son vocabulaire sur la compétitivité et le « coût » du travail. Le patronat a vite compris qu’il pouvait s’engouffrer dans la brèche pour accélérer les plans de licenciements (PSA, Sanofi, ArcelorMittal, …). Une fois passés les effets de manche d’Arnaud Montebourg, la résistance du gouvernement se limiterait à mendier quelques améliorations des conditions de licenciement des travailleurs.

Au niveau international, François Hollande a tout de suite donné des signes d’allégeance à l’OTAN et à l’accompagnement des conflits menés par l’impérialisme étasunien.

La dette est toujours un prétexte. Le budget 2013, pour respecter la règle des 3% de déficit, organise l’austérité à tous les échelons et dans tous les secteurs, y compris l’éducation et la santé. Les collectivités locales n’échapperont pas à la contrainte austéritaire. Elles assument 70% de l’investissement public. La ministre de la réforme de l’État l’a d’ores et déjà annoncé : les dotations seront gelées en 2013 et devront être baissées de 1,5 milliard d’euro sur les deux exercices budgétaires suivants. Les conséquences seront désastreuses sur les services publics de proximité et le tissu économique local (TPE, PME). Dans ces conditions, la relance des activités caractérisées par leur contenu social et écologique devient d’autant plus impossible.

À l’image des poupées russes, le traité et le budget 2013 s’emboîtent pour dessiner une politique d’austérité qui entraîne le pays tout droit à la récession. Comme pour le traité, le Parti de Gauche s’oppose à cette logique budgétaire. Les chiffres du chômage explosent et la précarité s’étend inexorablement, en particulier chez les jeunes. Parce qu’elles sont déjà les plus précarisées autravail, les femmes sont les premières touchées par cette politique d’austérité généralisée.

Ce contexte de mise en concurrence de tous contre tous favorise les manifestations de racismes et de xénophobie comme en témoignent les évènements de Marseille ou de Lille à l’encontre des Roms. L’action de Manuel Valls, qui continue dans la logique politique d’exclusion des gouvernements précédents, entretient ce climat comme en témoigne la poursuite, médiatisée, du harcèlement des Roms et le refus de régulariser plus de personnes sans papiers. Nous réaffirmons notre volonté de régulariser les sans-papiers afin de régler la situation laissée par la droite. L’expulsion des Roms a été utilisée comme écran de fumée pour empêcher le débat citoyen sur le TSCG alors qu’il fallait réaffirmer leurs droits à la liberté de circuler et de travailler. Il est vrai qu’il est plus facile de s’attaquer à des boucs émissaires que de s’en prendre aux patrons voyous. On mesure là le courage politique !

En fait, en refusant de construire dans l’opinion le rapport des forces contre les oppositions de droite, d’extrême-droite et des forces réactionnaires sur l’ensemble des questions de société et de l’égalité des droits qui ne relèvent pour certaines pas directement des finances du pays, le gouvernement marque également déjà des reculs par rapport aux engagements de campagne de François Hollande. Il en est ainsi du droit de vote et d’éligibilité des résidents étrangers aux élections locales, promesse de plus de 30 ans du PS relayée par des mobilisations citoyennes régulières du temps des gouvernements UMP : le gouvernement refuse d’annoncer un calendrier parlementaire pour faire aboutir la proposition de loi déjà votée en ce sens au Sénat, notamment par les parlementaires du PS et de EÉLV. De même concernant l’égalité des droits pour les personnes LGBT, le gouvernement annonce pour la fin de l’année une loi sur le « mariage pour tou-te-s » et l’adoption, très restrictive et en retrait des promesses de campagne. Elle maintiendra des inégalités en droits selon l’orientation sexuelle des parents et ne permettra pas de garantir une filiation pour l’ensemble des enfants déjà en situation d’homoparentalité. Le gouvernement refuse d’annoncer le moindre calendrier quant au droit au changement d’état-civil en fonction de son identité de genre à l’instar de la loi modèle adoptée cette année en Argentine.

Quant aux prises de position concernant la laïcité, elles ne sont pas moins inquiétantes. M. Valls a défendu lors d’un déplacement à Strasbourg le Concordat: « (…) lorsqu’un système fonctionne, qu’il est compatible avec notre République et notre démocratie, il n’y a pas de raison de le supprimer en prétextant l’exception qu’il représente« . En cela, M. Valls défend une organisation de la société à l’opposé d’une conception républicaine et laïque, socle de tout projet d’émancipation citoyenne. Il contribue à enfermer les citoyens dans des particularismes où le religieux sert de compensation face au renoncement politique sur un mode compassionnel qui donne du grain à moudre aux tenants du « choc des civilisations » si cher à Nicolas Sarkozy et au Front National. Ces derniers s’en servent pour alimenter une lecture identitaire des appartenances sociales où la haine de l’autre remplace la lutte des classes. Ces renoncements font malheureusement le lit des droites extrêmes et de l’extrême-droite.

Du côté des questions environnementales, l’enfumage médiatique aura été parfait mais n’aura duré que peu de jours : pas d’annulation des permis d’exploration des huiles et gaz de schiste déjà délivrés, absence de réflexion quant à la sortie du recours aux énergies fossiles dont font partie les gaz de schiste. Une fermeture de Fessenheim (qui devait être immédiate) et qui est maintenant repoussée à 2016, un engagement de diminution de la part du nucléaire de 75% à 50% au rythme du calendrier AREVA / EDF, révèlent la pression des lobbys. Comme l’a montré la conférence environnementale, François Hollande, c’est peu de promesses et déjà beaucoup de reculades ! Dans ce cadre, Europe Écologie Les Verts est bien obligée d’avaler les couleuvres les unes après les autres (Notre Dame des Landes, poursuite de l’EPR, PAC, ligne THT). La catastrophe climatique et les menaces pesant sur l’écosystème sont déjà là (appauvrissement des sols, OGM, extinction des espèces), mais les gouvernants continuent à refuser de remettre en cause les intérêts du capitalisme financier et du productivisme énergivore.

La politique du gouvernement Ayrault est en tous points dans la lignée des politiques sociales libéralesqui, de Schroeder à Zapatero, en passant par Papandréou, ont accompagné le libéralisme avec les résultats catastrophiques que l’on sait. Les résultats du congrès du PS confirment malheureusement la normalisation de ce parti sur le modèle de la gauche démocrate, désormais généralisée à l’Europe entière. La participation a été très faible à l’issue d’un congrès largement dépolitisé. La motion de gauche perd cinq points par rapport au congrès précédent. Elle culmine désormais à 13%. Nous avions diagnostiqué cette évolution du PS, elle explique même en partie la création du PG ; mais c’est la première fois qu’elle s’applique à ce niveau en France, sans complexe et aussi rapidement ; c’est une mauvaise nouvelle. Les dégâts d’une telle politique se voient pourtant déjà en Grèce, Espagne et Portugal avec comme seule conséquence la montée de la récession dans toute l’Europe avec son cortège de chômage et de pauvreté. Cette politique va dans le mur, plus vite même que nous ne l’imaginions.

Face à cette situation, il revient au Front de Gauche d’organiser la solidarité avec les luttes pour éviter que la révolte populaire ne tourne à la résignation, au dégoût de la politique, voire à la tentation de rejeter toutes les forces de gauche. Oui, il est possible de mener une autre politique. Par exemple, face à la destruction de l’outil industriel, nous proposons la nationalisation d’Arcelor-Mittal. Nous démontrons ainsi, que le Front de Gauche, avec son programme « l’Humain d’abord » a cette capacité et peut l’imposer par les luttes et son action dans les institutions.

Dans ce contexte, les quatre millions de voix de Jean-Luc Mélenchon et du Front de Gauche à l’élection présidentielle nous permettent d’aborder la période avec toujours plus de crédibilité. La cohérence du Front de Gauche a été de refuser de participer à un tel gouvernement et de ne pas voter la confiance au premier ministre. Nous avons largement contribué à la défaite de NicolasSarkozy. Nous sommes donc à juste titre les ayants-droits exigeants de la volonté de changement exprimé. Engagés à résister et à porter des propositions de rupture avec la logique capitaliste, nous sommes l’alternative gouvernementale à la politique austéritaire.

Les Estivales, la Fête de l’Humanité, et surtout le formidable succès de la manifestation nationale unitaire du 30 septembre, montrent un Front de Gauche à l’offensive partout. Le souffle citoyen de la campagne présidentielle est toujours là. Le Front de Gauche démontre sa capacité à dynamiser un large front social, associatif et politique contre l’austérité.

Dans une perspective d’élargissement, nous restons évidemment favorables au principe d’adhésion directe au Front de Gauche de toutes et tous les citoyen-nes, militant-e-s du mouvement social et syndical, qui n’envisagent pas aujourd’hui d’intégrer l’une des composantes du Front de Gauche. Nous souhaitons développer les Assemblées Citoyennes et les Fronts Thématiques. Pour ces derniers, nous proposons l’organisation d’une convention nationale. Là où les conditions sont réunies, il est tout à fait envisageable de constituer des comités locaux du Front de Gauche. La manifestation du 30 septembre est un événement qui pourrait se révéler décisif pour la suite. Elle est la plus importante manifestation jamais organisée contre un traité européen. Jamais gouvernement de « gauche » n’avait dû faire face, aussi vite, à une telle mobilisation venue de sa gauche. Mais surtout elle commence à donner à voir le Front du Peuple que revendique de devenir au final le Front de Gauche. C’est essentiel pour la suite.

Elle a également contribué à changer les conditions du débat parlementaire qui s’en est suivi. Elle a permis d’augmenter la pression sur les parlementaires qui ne peuvent ignorer qu’ils ont été élus sur la promesse d’une renégociation du traité. Enfin, elle a accru la légitimité d’un référendum attendu par une majorité de Français.

Cette exigence démocratique renforce l’élan de la manifestation du 18 mars pour l’Assemblée Constituante pour la VIème République. Elle détonne brutalement avec les travaux opaques de la commission Jospin-Bachelot sur la « moralisation de la vie politique » dont les réunions devraient être transmises en direct et qui jette un doute quant à la mise en oeuvre de la proportionnelle aux législatives.

Enfin, cette manifestation survient après des mobilisations monstres dans les pays où la récession sévit déjà. Les peuples ne se laissent pas faire. Ces événements confirment l’inéluctabilité des bouleversements sur le vieux continent. Pourtant, deux issues restent possibles : révolution citoyenne ou solution réactionnaire, lutte des classes ou haine des autres et divisions « ethniques » ? C’est pourquoi le Front de Gauche se doit d’éviter toute assimilation à la politique d’austérité menée. Il lui revient de travailler à une alternative capable de rassembler une majorité de gauche sur une ligne de rupture tant d’un point de vue institutionnel que dans les mobilisations. L’opposition au traité prouve que c’est possible sans attendre 2017. Le vote de certains parlementaires du PS et la décision d’Europe Écologie les Verts contre le traité sont de ce point de vue de bonnes nouvelles. Enfin, la concomitance de mobilisations populaires dans tout le pourtour méditerranéen, véritable Printemps Méditerranéen, est un encouragement. L’internationalisme est une question centrale pour le Parti de Gauche. La compréhension des situations internationales nourrit notre projet politique d’émancipation humaine. Le Parti de Gauche oeuvre à la coordination de ces luttes, à leur mise en réseau et à la solidarité entre elles.

Pour construire et rendre crédible cette alternative, le Parti de Gauche doit continuer de se renforcer. Il a marqué la campagne contre le traité austéritaire par son dynamisme, son imaginationet sa capacité à mener dans un délai si court une campagne d’éducation populaire. Il a joué un rôle essentiel dans la réussite du 30 septembre. C’est la conséquence d’un élargissement militant important et régulier qui a porté nos effectifs à 12000 adhérents. C’est le résultat des apprentissages individuels et collectifs réalisés dans l’action, notamment lors de la présidentielle et des législatives. Il nous faut maintenant continuer à mener de pair la construction du PG et du Front de Gauche (ledynamisme du premier renforçant les chances de succès du second) et le développement du mouvement de résistance à l’austérité avec une attention particulière pour les entreprises, les quartiers populaires et la jeunesse (lycées, universités, jeunes travailleurs, …).

À celles et ceux qui partagent nos combats, en particulier aux quatre millions d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon, nous disons « c’est le moment de prendre parti ». Dans ce but, nous tiendrons des bureaux d’adhésion dans toute la France le samedi 27 octobre à l’occasion d’une journée nationale d’adhésion, que nous voulons annuelle, et nous multiplierons dans les semaines et les mois qui viennent les réunions de formation et d’accueil des nouveaux adhérents.

Le 14 novembre, journée de mobilisation contre l’austérité en Espagne et au Portugal, et en pleine discussion budgétaire, nous organiserons plusieurs meetings dans toute la France pour combattre ces politiques mortifères et populariser nos propositions alternatives.

Les manifestations du 9 octobre ont démontré la détermination face aux plans de licenciements et fermetures d’entreprises (PSA, Sanofi, Petroplus, etc.) qui se multiplient y compris dans des entreprises faisant des profits. Le Parti de Gauche propose aux autres forces du Front de Gauche de lancer une campagne pour l’inscription à l’ordre du jour de l’assemblée de la loi contre les licenciements boursiers votée au Sénat y compris par les sénateurs du PS et déposée à l’assemblée par les députés du Front de Gauche.

Les propositions du Front de Gauche pour un droit de veto suspensif des travailleurs et pour le droit de préemption se révèlent plus que jamais indispensables. Nous devrons aussi lancer une mobilisation pour exiger l’amnistie de tous les syndicalistes et militants associatifs (anti-OGM, paysans contre NDDL ou contre l’EPR, militants RESF …) condamnés pour des faits de militantisme. Les propositions de loi issues des ateliers législatifs permettront de crédibiliser notre capacité à exercer le pouvoir et à refonder notre démocratie. Nous les proposerons aux parlementaires des groupes du Front de Gauche à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Ceux-ci ont un rôle important à jouer. Bien sûr nous tenons compte de leur autonomie par rapport à notre Parti. Cette autonomie signifie que nous sommes nous mêmes libres par rapport à leurs décisions. Elle appelle aussi à renforcer notre dialogue avec les groupes parlementaires sur une base libre, fraternelle et constructive.

Après 4 ans d’existence, le Parti de Gauche est dorénavant reconnu comme une force politique autonome porteuse d’une radicalité concrète, alliant l’écologie à la transformation sociale et à l’idéal républicain. Il est un formidable creuset d’histoires et d’identités politiques qui se renforcent et se complètent les unes les autres. C’est maintenant le moment d’asseoir cette richesse sur un socle théorique ambitieux et partagé. C’est l’objectif des premières assises pour l’éco-socialisme qui auront lieu le 1er décembre et que nous comptons ouvrir aux autres forces du Front de Gauche.

C’est donc un Parti de Gauche renforcé et mobilisé qui tiendra son prochain congrès les 22, 23 et 24 mars 2013.

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Résolution sur l’Euro

RESOLUTION SUR L’EURO

ADOPTEE PAR LE CONSEIL NATIONAL DU PARTI DE GAUCHE DES 9 ET 10 AVRIL 2011

 

La crise actuelle de la zone euro et la réaction des gouvernements européens démontre que l’union monétaire n’est pas aujourd’hui l’instrument de coopération qui renforce la capacité des peuples à surmonter les crises et à progresser de concert. Elle est au contraire un instrument de soumission des peuples à l’idéologie néolibérale largement partagée par les oligarchies au pouvoir. Avec le « semestre européen », les gouvernements de la zone euro ont manifesté leur détermination à imposer cette orientation en instituant une tutelle de la Commission européenne sur les budgets nationaux. Ils viennent d’aggraver cette régression de la démocratie avec le pacte « euro-plus ». Désormais, et sans consultation des citoyens, la sinistre méthode du FMI – celle des plans d’ajustement structurel – sera intégrée aux institutions européennes : pour bénéficier du mécanisme de solidarité financière, un Etat devra s’engager sur un programme d’austérité et de régression sociale.

Dans ce contexte, monte une légitime protestation contre le fonctionnement de l’union monétaire et surgissent de nombreux appels à la sortie de l’euro. Une alternative semble en effet s’imposer dans les faits : ou bien un pays reste dans l’union monétaire, mais il devrait alors se soumettre au carcan des politiques néolibérales, ou bien il entend mener une autre politique, mais il devrait pour ce faire sortir de l’euro. S’il n’y avait effectivement pas d’autre alternative que celle-là, le PG opterait assurément pour la sortie de l’euro et la reconstruction d’une autre forme de coopération monétaire avec les pays européens disposés à le faire.

Toutefois, cette façon de poser le débat et de le centrer sur la question du maintien ou de l’abandon de l’euro n’est pas la bonne. Certes, l’union monétaire ne remplit aucune des conditions nécessaires au fonctionnement durable et progressiste d’une zone monétaire ; celle-ci devrait donc être profondément transformée (section 1, ci-dessous). Certes, encore, l’union monétaire est devenue l’instrument d’une régression économique et sociale (2). Mais l’euro, en lui-même, n’est pas la cause de la crise actuelle qui est imputable au capitalisme financiarisé et aux politiques néolibérales (3). Or, la sortie de l’euro (pas plus que son maintien d’ailleurs) n’est pas une condition nécessaire pour changer de système et de politique ; il y a en effet une stratégie alternative et plus efficace pour renverser le rapport de forces : sortir de l’application du traité de Lisbonne sans sortir de l’Union (4). Le PG propose donc un ensemble de mesures concrètes nécessaires au plan national pour s’affranchir du carcan néolibéral et mener une politique alternative, sans pour autant rejeter en bloc tous les acquis de la construction européenne (5). On ne peut toutefois pas écarter a priori la possibilité que d’autres pays fassent le choix de sortir de l’euro et que la zone euro explose de fait, sous la pression combinée des spéculateurs et des peuples soumis à des politiques insupportables. Face à cette éventualité, le PG propose une réponse graduée, selon les circonstances, allant de la restauration d’une monnaie unique à l’institution d’une monnaie commune (6).

 

1.La nécessaire refondation de l’Union monétaire

L’union monétaire européenne ne remplit actuellement aucune des conditions nécessaires au fonctionnement durable et progressiste d’une zone monétaire.

La zone euro n’est pas et ne peut pas être une « zone monétaire optimale » au sens de la théorie économique : cela supposerait notamment une parfaite mobilité du travail comme du capital, la synchronie des cycles d’activité des pays membres et la convergence des structures économiques et sociales. Telles seraient les conditions requises pour qu’une politique monétaire unique puisse être adaptée à tous les pays membres.

Néanmoins, à défaut de pouvoir réunir les conditions susdites, l’union monétaire pourrait être bénéfique et soutenable si, en rupture avec le traité de Lisbonne, elle était refondée grâce aux dispositifs suivants :

un plus haut degré de solidarité budgétaire entre les États membres, et un budget européen plus important, en sorte de pouvoir corriger les divergences structurelles et les chocs conjoncturels asymétriques qui affectent les États membres ;

la liberté pour chaque État de compenser un choc conjoncturel par le niveau de déficit public adéquat ;

un nouveau statut de la Banque centrale européenne lui assignant d’œuvrer au soutien de l’activité et de l’emploi avec une inflation soutenable, et dirigée par un directoire évalué par et responsable devant le conseil européen et le parlement européen ;

des mécanismes d’harmonisation des politiques fiscales et sociales, visant au minimum à protéger les États membres contre tout dumping fiscal ou social, ou, mieux encore, engageant un processus de convergence des pays les moins avancés vers des standards plus élevés en matière de droits sociaux, de salaire minimum et de protection sociale ;

le contrôle des mouvements de capitaux vers les pays non membres de l’Union européenne (UE) [sans quoi la tutelle des spéculateurs – abolie sur le marché des changes – finit par être restaurée sur le marché mondial des capitaux].

Une union monétaire ainsi refondée renforcerait la solidarité des européens, l’activité et l’emploi, tout en mettant les États membres à l’abri de toute pression des spéculateurs sur les marchés financiers, étendant ainsi les marges de manœuvres de ces États pour mener des politiques sociales conformes aux vœux de leurs peuples respectifs.

Cette refondation aurait pu être engagée à la fin des années 1990, quand la plupart des pays de la zone euro étaient gouvernés par les socialistes et les sociaux-démocrates. Mais ces derniers, loin de combattre la tournure néolibérale de la construction européenne, l’ont validé par le traité d’Amsterdam et accentué ensuite en acceptant l’élargissement de l’UE sans approfondissement préalable d’institutions démocratiques et de mécanismes de convergence sociale et de solidarité financière ; pour finir, ils ont confirmé à nouveau leur soutien à cette orientation en contribuant massivement à la ratification du Traité de Lisbonne, copie conforme du traité constitutionnel européen auquel pourtant les peuples irlandais et français avaient clairement dit « non ».

 

Dans ce contexte politique, l’union monétaire a pu être instrumentalisée par des gouvernements déterminés à imposer leur idéologie néolibérale.

 

2.L’Union monétaire est devenue l’instrument d’une régression économique et sociale

Jusqu’à la crise de 2008, la BCE a mené une politique monétaire excessivement rigoureuse, source de sous-activité et de chômage, et responsable d’une surévaluation de l’euro qui pénalise gravement l’économie française comme celle des autres pays du sud de l’Europe.

Dépossédés de l’instrument des taux d’intérêts et du taux de change, contraints par le pacte de stabilité en matière de politique budgétaire, livrés enfin à une libre concurrence exacerbée par l’élargissement de l’UE, les gouvernements ont instrumentalisé cet ensemble de contraintes pour justifier des politiques de désinflation compétitive fondées sur la compression des « coûts » salariaux, l’intensification du travail, l’exonération des prélèvements fiscaux et sociaux pesant sur les entreprises et les revenus du capital. Ce dumping fiscal et social, associé à l’hémorragie des ressources publiques qu’il engendre, a également servi à justifier la dégradation ou la privatisation des services publics.

En fait d’ « union » monétaire, la zone euro s’est ainsi transformée en zone de désunion des peuples qui dresse les travailleurs les uns contre les autres, rogne leur pouvoir d’achat, restreint leurs droits sociaux et dégrade leurs services publics. L’union ne fait plus ici la force des peuples pour améliorer leur sort, mais seulement la force des gouvernements rétrogrades pour imposer toujours plus de sacrifices et de rigueur aux salariés.

Ainsi, quand est survenue la crise financière internationale de 2008 et, à sa suite, la crise de la dette publique dans la zone euro, l’union monétaire n’a pas servi à protéger les pays victimes de la spéculation, bien au contraire. Face à cette crise, l’euro n’a eu aucun effet protecteur ; les pays membres de la zone euro attaqués par les spéculateurs se voient au contraire imposer des taux d’emprunt exorbitants. Au lieu de réagir contre les spéculateurs fauteurs de crise, les gouvernements de la zone euro ont choisis de faire payer la crise aux travailleurs ; ils ont conditionné leur soutien en faveur des pays attaqués à la mise en œuvre d’une cure d’austérité. Ils ont ainsi appliqué aux Européens la sinistre méthode des « Plans d’ajustement structurel » que le FMI inflige systématiquement aux pays pauvres et/ou surendettés. Cette politique est, à terme, insoutenable sur le plan social et d’ores et déjà parfaitement imbécile sur le plan économique : l’austérité combinée dans un ensemble de pays dont les économies sont solidaires condamne la zone euro à une longue atonie de l’activité qui accentuera la crise des finances publiques au lieu de la résorber.

Le « pacte euro-plus » adopté le 25 mars, vient confirmer et aggraver cette orientation insoutenable. Les États devront désormais faire valider leur politique budgétaire par la Commission européenne avant de présenter leurs budgets devant leur parlement. Ainsi, tandis que la crise provoquée par les spéculateurs justifierait évidemment la mise au pas des marchés financiers, elle est au contraire invoquée pour mettre au pas les peuples, pour priver de leur souveraineté les citoyens susceptibles de s’opposer aux politiques néolibérales de régression sociale.

 

 

3.Le capitalisme financiarisé et les politiques néolibérales sont les véritables responsables de la crise financière dans la zone euro

La quasi-totalité des méfaits habituellement imputés à l’euro sont plutôt l’effet combiné d’autres règles et institutions, des choix politiques gouvernementaux et du pouvoir exorbitant des gestionnaires de capitaux dans le capitalisme financiarisé.

En effet, la monnaie unique, en soi, n’implique pas la rigueur excessive et la surévaluation ; elle ne nous protège pas non plus contre ces maux. L’orientation de la politique monétaire n’est pas imputable à l’existence ou non d’une monnaie unique ; elle est imputable aux statuts de la banque centrale et à l’orientation idéologique de ses dirigeants (choisis par les gouvernements). En outre, à défaut d’une réforme de la BCE et d’une réorientation de sa politique, un pays peut toujours réformer sa propre banque centrale et réglementer le crédit distribué par les banques publiques ou privées (cf. 4. et 5. ci-dessous).

Par ailleurs, la crise de la dette publique européenne et les difficultés pour l’affronter n’ont rien à voir avec l’euro ; elles sont imputables à la libre circulation des capitaux avec le reste du monde, aux statuts de la BCE interdisant les concours directs aux besoins de financement publics, et aux politiques délibérées des gouvernements européens. Avec ou sans euro, quel que soit le système monétaire, la déréglementation financière produit les mêmes crises, et la volonté politique des gouvernements néolibéraux produit toujours la même stratégie d’ajustement par la régression sociale.

Plus fondamentalement, la crise de la zone euro – indissociable de la crise financière internationale ouverte en 2008 – est un sous-produit du développement du capitalisme financiarisé, c’est-à-dire des pleins pouvoirs donnés aux gestionnaires de capitaux pour imposer leur volonté aux entreprises comme aux salariés, pour développer n’importe quel type de spéculation génératrice de profits, pour bouleverser la répartition des revenus au seul avantage des plus riches. L’exposition des banques aux produits financiers toxiques américains ne vient pas de l’euro, mais de l’insuffisance de la réglementation bancaire et des mouvements de capitaux. Le maintien d’une monnaie nationale au Royaume-Uni n’a pas immunisé les banques anglaises contre l’exposition à la crise des subprimes.

En un mot, la crise financière en Europe est l’effet d’un système économique et de politiques gouvernementales qui produisent les mêmes effets avec ou sans euro. L’euro ne nous protège pas contre ce système et ces politiques, pas plus que ne le ferait le franc, l’écu ou n’importe quelle autre monnaie. Centrer le débat européen sur le maintien ou non de l’euro nous détourne donc du vrai débat qui porte sur les mesures nécessaires pour rompre avec le capitalisme financiarisé et les politiques néolibérales.

En conséquence, le PG aborde le problème d’une autre manière, très concrète. La France est aujourd’hui dans l’UE et dans la zone euro. Compte tenu de cette réalité, si un gouvernement déterminé à mener une autre politique arrivait au pouvoir en 2012, quelles mesures immédiates devrait-il prendre pour disposer des marges de manœuvres nécessaires à la mise en œuvre de son programme, pour s’opposer au pouvoir des spéculateurs, pour échapper à la cure d’austérité imposée par la Commission européenne, pour surmonter la crise des finances publiques, pour contrer les effets d’une politique monétaire inadéquate ? L’examen rigoureux de cette question conduit à la conclusion que la sortie de l’euro n’est pas une condition nécessaire à la mise en place des mesures nécessaires, et qu’elle n’apporterait pas de marges de manœuvres supplémentaires à celles dont le gouvernement pourrait disposer par le simple exercice de la volonté politique. Il est en revanche nécessaire de s’affranchir unilatéralement de l’application d’un certain nombre de dispositions du traité de Lisbonne.

 

4.Une stratégie alternative : sortir du traité de Lisbonne en restant dans l’Union européenne.

Le PG comprend le souci légitime de restaurer des marges de manœuvres politiques face à l’eurolibéralisme, souci qui s’exprime notamment par l’appel à la sortie de l’euro. Néanmoins, nous considérons que la restauration d’une monnaie nationale a des effets hasardeux et pas toujours souhaitables sur lesdites « marges de manœuvres ». Cette restauration donne en effet au pays la possibilité de procéder à des « dévaluations compétitives » en vue de corriger ainsi un éventuel écart de compétitivité. Mais la longue expérience française des dévaluations compétitives (des années 1950 au début des années 1980) démontre la faible efficacité d’une telle stratégie.

Une dévaluation commence toujours par alourdir la facture des importations en partie incompressibles à court terme, et ce bien avant que l’effet stimulant sur les exportations se fasse sentir. Par ailleurs, la dévaluation ne corrige qu’un écart de « compétitivité-prix », elle a peu d’effet sur un défaut de « compétitivité structurelle », et son éventuel effet bénéfique pour un pays suppose que les partenaires commerciaux de ce dernier ne dévaluent pas à leur tour et ne prennent aucune mesure de rétorsion. Si les pays européens accablés par le carcan néolibéral optent pour la sortie de l’euro et comptent sur la dévaluation pour améliorer leur sort, l’Europe risque de s’enliser plus avant dans la logique de guerre commerciale dont elle souffre déjà. L’éclatement de la zone euro pourrait déclencher une série de dévaluations qui affaibliraient le gain effectif de chaque pays et attiseraient leur rivalité. L’éclatement de la zone euro ne prépare pas forcément la refondation d’une Europe de la coopération des peuples. Elle risque de restaurer l’affrontement mortifère des nationalismes.

Par ailleurs, il ne faut pas surévaluer le problème certes bien réel de la surévaluation de l’euro ! Nous savons que la perte de croissance imputable à cette dernière est notable, mais le PG est un parti écologiste qui ne vise pas le retour d’une croissance indifférenciée qu’autoriserait éventuellement la dévaluation d’une monnaie nationale restaurée. Un supplément de croissance obtenu grâce à la compétitivité accrue des producteurs les mieux adaptés aux exigences des marchés mondiaux n’est pas nécessairement adapté aux exigences d’une économie refondée sur la satisfaction des besoins de tous et sur des méthodes de production assurant une coévolution harmonieuse des activités humaines et des écosystèmes. Le PG n’attend pas la prospérité et le plein emploi d’une compétitivité accrue sur les marchés d’antan, mais de la planification écologique d’une économie humaine et de la juste répartition des richesses. Les politiques et les grands travaux engagés pour développer les services publics, la recherche, les énergies renouvelables, la qualité écologique des logements, une agriculture soutenable, le ferro-routage, la reconversion industrielle, etc., soutiendront plus surement l’emploi et les activités vraiment utiles que ne le ferait une dévaluation compétitive aux effets hasardeux.

Pour toute ces raisons, nous considérons que l’éclatement de la zone euro et le retour à des monnaies nationales n’est pas la meilleure solution : la question est donc de savoir si on peut l’éviter, sans pour autant supporter tous les effets nocifs du fonctionnement actuel de l’union monétaire ? Autrement dit, comment peut-on préserver l’union tout en transformant radicalement son mode de fonctionnement et en abolissant les entraves qu’elle impose aujourd’hui à toute politique progressiste ?

Dans l’état actuel des rapports de forces politiques au sein de l’UE, il est parfaitement illusoire d’espérer une réorientation radicale des politiques et des institutions européennes si l’on se contente d’attendre que tous nos partenaires soient disposés à engager une renégociation des traités. Toutefois, au sein d’une quelconque association, le conflit entre une partie minoritaire et les autres parties prenantes n’a pas que deux issues – la soumission ou la sortie – il existe une troisième issue : l’action subversive au sein même de l’association, action qui a d’autant plus de chances de forcer les parties prenantes à l’accord que celles-ci n’ont pas intérêt à la dislocation de l’association.

Un gouvernement déterminé peut mener cette action subversive dans l’UE : il peut cesser d’appliquer l’intégralité du traité de Lisbonne, s’affranchir des règles européennes qui imposent aux politiques un carcan néolibéral, et cela sans s’imposer les difficultés supplémentaires qu’engendrerait une sortie de l’euro. Ce coup de force politique peut naturellement susciter une très forte résistance des gouvernements les plus attachés à l’actuel fonctionnement antisocial et antidémocratique de la zone euro (notamment le gouvernement allemand). Mais dans la crise politique qui s’ouvrirait alors dans l’UE, le rapport de force est défavorable à ceux qui ont le plus à perdre à l’éclatement de la zone euro (notamment l’Allemagne) et favorable à ceux qui sont disposés à assumer cet éclatement s’il apparaît inéluctable. Nous y sommes quant à nous parfaitement disposés et préparés.  Le PG ne sacralise aucun système monétaire en lui-même, il ne fait prévaloir que l’absolue nécessité de mener les politiques publiques progressistes exigées par le suffrage universel ; en conséquence, si l’alternative qui venait à se présenter était le maintien de la zone euro dans la soumission au carcan néolibéral, ou bien la sortie de l’euro pour appliquer le programme validée par le vote des citoyens, le PG opterait sans hésitation pour cette seconde solution.

Nous pensons toutefois que, dans l’immédiat, l’alternative réelle est différente. Un gouvernement déterminé peut faire à peu près ce qu’il veut dans la zone euro, et sa détermination a toutes les chances de faire plier des partenaires récalcitrants, mais qui ont fort à perdre dans la disparition de l’euro.

Si d’éminents économistes, y compris économistes de gauche, prennent d’emblée position en faveur d’une sortie de l’euro, c’est notamment parce qu’ils excluent la possibilité dont dispose toujours un gouvernement national : décider unilatéralement de ne plus appliquer certaines dispositions des traités européens. Leur raisonnement est pertinent dans un cadre politique donné : si un État national est censé respecter à la lettre les traités, alors il est exact que la monnaie unique est devenue insoutenable pour un gouvernement qui voudrait rompre avec les politiques néolibérales imposées par le fonctionnement actuel de l’UE et l’idéologie dominante dans les gouvernements européens. Mais pour que ce raisonnement reste cohérent, il faudrait ajouter que la sortie de la seule zone euro ne suffit pas : il faut sortir de l’UE, puisqu’il est nécessaire de s’affranchir d’autres règles européennes que celles concernant la monnaie. Il est notamment indispensable de rétablir un contrôle strict des mouvements de capitaux. Si l’on postule qu’il est impossible de s’affranchir partiellement d’un accord sans rompre intégralement cet accord, alors la question de la sortie de l’euro est indissociable de celle d’une sortie de l’UE.

 

Or le PG entend œuvrer à une transformation de l’UE, non à sa destruction. Il ne s’agit donc pas seulement d’abandonner l’UE à son triste sort en restaurant la seule souveraineté du peuple français, mais d’engager une épreuve de force au sein de l’UE en démontrant qu’un gouvernement déterminé à le faire peut toujours mener une autre politique. S’affranchir du carcan néolibéral de l’UE, sortir de l’application intégrale du traité de Lisbonne, sans sortir de l’UE, c’est démontrer que l’on peut préserver l’acquis de cinquante ans de construction européenne, en se débarrassant du poison néolibéral. Cette démonstration est un encouragement aux peuples européens pour qu’ils exercent à leur tour leur souveraineté en votant pour des gouvernants qui s’engagent à suivre l’exemple du peuple français. C’est ainsi que se construira un nouveau rapport de forces en faveur d’une refondation démocratique et progressiste de l’UE. Les mesures présentées ci-dessous montrent comment un pays membre de la zone euro peut mener seul une autre politique que celle qu’impose aujourd’hui le strict respect du traité de Lisbonne et les choix politiques nettement dominés par l’idéologie néolibérale et par la volonté du gouvernement allemand. Mais elles ne définissent évidemment pas l’horizon idéal de notre relation à l’UE. Elles visent plutôt à contraindre tous ceux qui ont beaucoup à perdre à l’éclatement de la zone euro (au premier chef l’Allemagne) à négocier un nouveau fonctionnement de la zone euro ; elles visent à convaincre d’autres pays (notamment du sud de l’Europe) de s’associer à la France pour promouvoir cette réforme nécessaire.

 

Tous les fléaux associés à ce que l’on dénomme la « crise de l’euro » peuvent être combattus, dans l’immédiat, sans sortir de l’euro, par des mesures nationales immédiates contrevenant à certaines dispositions des traités européens. En invoquant le compromis du Luxembourg, le gouvernement français pourrait obtenir une clause d’exception (opt out) pour une liste déterminée de dispositions qui empêchent la mise en œuvre du programme validé par les élections nationales. La violation de la volonté exprimée par le suffrage universel constitue en effet une atteinte grave aux intérêts supérieurs de la nation française (cadre d’application du compromis du Luxembourg). Face à un gouvernement déterminé à agir, nos partenaires n’ont d’autre alternative que l’acception de cette exception française ou la contemplation de sa mise en œuvre sans leur accord (aucune procédure n’est prévue dans les traités pour exclure un membre de la zone euro au motif des infractions prévues ci-dessous). A défaut du consentement de nos partenaires, le gouvernement peut faire adopter par le peuple français et ses représentants élus toutes les dispositions nécessaires pour que l’exercice effectif de l’exception française se fasse dans un cadre légal et constitutionnel.

 

5.Les mesures nationales face à la crise de la zone euro

En pratique, pour surmonter la « crise de la zone euro » et mettre en œuvre la stratégie énoncée ci-dessus, chaque pays qui le souhaite pourrait et devrait : refonder un système bancaire public (5.1, 5.2), éliminer une part du stock de dette publique (5.3 et 5.4), renationaliser le financement de la dette publique (5.5, 5.6), s’assurer de l’autonomie du pays à l’égard de toute pression spéculative des marchés financiers (5.7, 5.8), soutenir l’activité et l’emploi pour compenser le choc dépressif engendré par la crise financière et l’accumulation imbécile de plans de rigueur (5.9, 5.10, 5.11), mettre en place une politique sélective du crédit (5.12, 5.13) pour corriger les défauts de la politique monétaire unique de la BCE.

Refonder un système bancaire public

5.1. Constitution d’un pôle public bancaire.

5.2. Une réforme de la Banque de France permet à celle-ci de concourir directement au financement de l’État (une tranche plafonnée d’avances directes mobilisables à la discrétion du gouvernement ; une tranche exceptionnelle mobilisable par le vote d’une loi).

Éliminer une part du stock de dette publique

5.3. Rachat d’une partie de la dette publique par les banques publiques et la Banque centrale nationale (monétisation : financement des dettes par création monétaire).

5.4. Annulation partielle et renégociation de la dette par les États surendettés (restructuration).

Renationaliser le financement de la dette publique

5.5. Émission des titres la dette publique exclusivement auprès d’investisseurs résidents dans la zone euro ou dans le pays émetteur.

5.6. Obligation minimale de détention d’obligations publiques par les banques et les fonds d’investissement résidents. Si nécessaire, les grandes entreprises et les particuliers détenteurs d’un portefeuille de placement financiers peuvent se voir imposer, au-delà d’un certain seuil, la détention d’un pourcentage minimal de titres publics. Ceci a pour double effet bénéfique de garantir le placement des titres publics, et de sécuriser l’actif des institutions concernées.

L’autonomie du pays à l’égard de toute pression spéculative des marchés financiers

5.7. Contrôle strict des mouvements de capitaux sur les placements financiers (agrément public et/ou taxation des transactions).

5.8. Interdiction des instruments spéculatifs sans utilité pour le financement de l’économie réelle (vente à terme sur titres publics, CDO, CDS, produits dérivés, etc.).

Soutenir l’activité et l’emploi

5.9. Hausse des salaires et des investissements publics écologiques et sociaux.

5.10. Création directes d’emplois privés (par l’institution de normes minimales d’emplois dans les services non délocalisables).

5.11. Création d’emplois dans tous les services publics sinistrés (justice, éducation, hôpitaux publics, inspection du travail, service public de l’emploi, etc.).

Politique sélective du crédit

5.12. Bonifications des taux d’intérêt financées par les collectivités publiques pour soutenir des investissements ou des activités prioritaires.

5.13. Programmes prioritaires à taux réduit financés directement par des banques publiques.

Ces mesures n’entraineraient aucune dérive vers un endettement excessif de l’État, d’abord en raison des mesures susmentionnées concernant la restructuration et la renationalisation de la dette, ensuite en raison de la réforme fiscale abolissant l’essentiel de la « dépense fiscale » (niches pour les riches et les revenus financiers, exonérations inutiles…), enfin parce que le plein emploi et le progrès écologique et social soutenu par cette stratégie génèrent à terme l’autofinancement de la dette (exactement comme pour tout investissement productif privé).

 

6. Les options possibles face à un éventuel éclatement de la zone euro

La stratégie de sortie du traité de Lisbonne sans sortie de l’euro, est une stratégie d’action immédiate pour se libérer du carcan néolibéral et pour changer le rapport de forces au sein de l’UE. À moyen et long terme, cette stratégie, en elle-même, ne résout aucune des insuffisances actuelles pour assurer une union monétaire soutenable (insuffisances énoncées dans la section 2). À terme, la persistance de divergences profondes entre les systèmes sociaux et fiscaux, la persistance d’écarts notables de compétitivité, l’absence des transferts budgétaires et de la solidarité financière nécessaires pour réduire ces divergences ou pour compenser les chocs conjoncturels asymétriques, tout cela soumet une union monétaire quelconque à une tension qui finit par être insoutenable. La stratégie proposée ne fait sens qu’en tant qu’étape susceptible de provoquer le choc nécessaire pour briser la domination du bloc néolibéral au sein de l’Union et de forcer la renégociation d’un traité instaurant les conditions d’une union monétaire soutenable. Si donc, à moyen terme, il s’avérait impossible d’engager une telle refondation de l’union monétaire, il faudrait envisager une autre forme de coopération monétaire entre les pays qui y sont disposés.

Par ailleurs, la stratégie et les arguments développés ci-dessus décrivent notre position face à l’état actuel de la zone euro, et dans l’hypothèse où un gouvernement mené par le Front de Gauche trouverait cette zone dans ce même état. Mais les gouvernements européens ont choisi de ne rien faire pour protéger l’UE contre le déploiement ininterrompu de la spéculation, de soumettre la zone euro à une cure d’austérité qui va aggraver la crise des finances publiques la régression sociale et l’exaspération des peuples sommés de payer le prix lourd pour la crise engendrée par le capitalisme financiarisé. L’inévitable récession que ces choix vont provoquer, les nouvelles difficultés financières des États qui s’ensuivront et les nouveaux assauts des spéculateurs pourraient bien engendrer une situation financière et surtout politique qui contraint les pays les plus exposés à sortir de l’euro. Si nous considérons qu’une autre stratégie serait préférable, y compris pour ces pays, nous devons néanmoins envisager sérieusement l’hypothèse où la question ne serait plus  « faut-il ou non préserver la zone euro ? » mais « que faire dans une zone euro qui a d’ores et déjà éclaté ? ».

Face à cette question, le PG propose une réponse graduée en cinq temps.

1°) Rester dans l’euro et tenter la réintégration des sortants

À très court terme, le gouvernement français doit rester dans l’euro et appliquer la stratégie décrite ci-dessus. Dans le même temps, il propose à la zone euro d’offrir aux États sortis de l’euro leur réintégration assorti d’un protocole les autorisant à appliquer, à l’instar de la France, une série d’exceptions au traité de Lisbonne. Le rapport de force serait alors radicalement bouleversé au détriment du consensus eurolibéral. L’exemple français pourrait inciter les gouvernements sortants à opter pour la réintégration à ces nouvelles conditions.

2°) Menacer les membres de la zone euro de la constitution d’une « zone eurosud ».

Si l’option précédente se heurte au refus des États sortants de l’euro et/ou des États restés dans la zone euro, le gouvernement engage de concert deux séries de négociations.

Avec les États sortants : négociation pour la création d’un « eurosud » refondé sur les principes coopératifs et progressistes énoncés plus haut et fortement dévalué par rapport à l’euro et au dollar en sorte d’effacer la surévaluation dont souffre aujourd’hui les économies concernées. L’eurosud pourrait tout aussi bien être baptisé l’ « eurosol », abrégé de l’euro « solidaire ».

Avec l’Allemagne et l’UE : négociation d’une réforme de l’union monétaire incluant les conditions sans lesquelles la zone eurosud sera effectivement constituée. Si cette négociation aboutit la nouvelle union monétaire peut réintégrer tous les États sortants.

3°) Mettre en place une « zone eurosud » ou « eurosol »

Cette nouvelle union monétaire serait ouverte à tous les pays de l’Union européenne, qui aurait ainsi le choix entre l’euro surévalué d’une zone exposée à la guerre économique et à la régression sociale, et l’euro compétitif d’une zone solidaire unissant ses forces pour protéger l’emploi, combattre la spéculation, et rendre aux peuples la possibilité de décider de l’orientation de leurs politiques budgétaires et sociales intérieures.

4°) Une nouveau Système monétaire européen

A court terme, si trop peu d’Etats sont disposés à la reconstitution d’une quelconque union monétaire, il faudrait au minimum tenter d’instituer un système monétaire européen stabilisant les taux de changes intra-européens. Mais, contrairement au SME mis en place en 1979, ce nouveau SME devrait impérativement être associé au contrôle des mouvements de capitaux, sans quoi il deviendrait vite insoutenable sous la pression des spéculateurs.

5°) Une monnaie commune entre les pays sortants de l’euro

À moyen terme, la France devra œuvrer au renforcement de la coopération monétaire en proposant le passage du SME à la « monnaie commune européenne » (et non plus « monnaie unique »). Cette solution est inspirée de celle imaginée par J.M. Keynes pour le système monétaire international en 1944.

Chaque pays dispose d’une monnaie nationale convertible dans la monnaie commune à un taux de change fixe mais ajustable ; la monnaie commune sert aux transactions internationales ; une banque des règlements internationaux règle l’émission de la monnaie commune en fonction des besoins liés aux échanges et impose des pénalités financières aux pays dont les comptes sont structurellement excédentaires ou déficitaires, incitant ainsi ces derniers à un jeu commercial coopératif qui vise l’équilibre des échanges. La dévaluation ou la réévaluation des taux de change internes à la zone monétaire font parties des mesures correctrices autorisées pour combattre un déséquilibre structurel des échanges. Ce système préserve un mécanisme de correction des écarts de compétitivité par des variations des taux de change, sans livrer pour autant la zone concernée à la compétition déloyale par la manipulation discrétionnaire de ces taux de change.

 

 

Conclusion

Le PG se prononce donc, de préférence, pour le maintien d’une zone euro refondée ou d’une nouvelle zone monétaire limitée aux seuls pays disposés à engager la refondation d’une union monétaire démocratique et progressiste. A défaut, il soutient le projet d’une monnaie commune européenne.

« À défaut », car la monnaie commune n’est pas un système conçu pour le développement d’une intégration économique et politique des nations ; il s’agit d’un système conçu pour une coopération internationale visant à équilibrer les échanges et stabiliser les échanges entre des pays strictement indépendants qui n’ont aucune intention de constituer ensemble un espace politique, économique et social plus intégré. C’est pourquoi le PG soutient le projet d’une monnaie commune, en tant qu’élément souhaitable d’une nouvelle organisation des relations monétaires internationales. En revanche, au niveau européen, les peuples peuvent avoir une ambition qui dépasse la constitution d’un simple espace de coopération interétatique. L’Union européenne est aussi un cadre d’intégration politique partielle qui permet la production de biens publics européens à une échelle plus pertinente que le seul niveau national. C’est pourquoi, la monnaie unique peut constituer un système préférable à la monnaie commune, dans le cas où il serait possible de transformer radicalement les conditions de son fonctionnement.

Si l’on postule la mort définitive, l’impossibilité ou la nocivité de tout projet d’intégration européenne, alors l’idée même de monnaie unique doit être exclue a priori. Il nous faut retourner vers un état antérieur de l’Europe ou ne subsisterait que des éléments de coopération internationale technique et économique. Or le PG entend œuvrer à la refondation du projet européen et non à sa dissolution ; il préfère donc une Union européenne refondée à une simple coopération monétaire internationale entre les États. C’est pourquoi, il n’exclut pas la possibilité de maintenir une monnaie unique. Mais il n’exclut pas davantage a priori l’abandon de cette monnaie unique s’il s’avère impossible de réformer et de démocratiser suffisamment le cadre de sa mise en œuvre.

La monnaie unique a un avantage qui est aussi son plus redoutable inconvénient : elle pousse d’une manière ou d’une autre à une convergence des politiques économiques et sociales. Elle n’est donc ni un bien en soi, ni un mal en soi ; le type de convergence politique qu’elle induit peut être tout aussi bien régressif que progressiste selon les rapports de forces historiques et les choix des gouvernements nationaux.

Les politiques peuvent, comme c’est le cas depuis 20 ans, se déployer sur un axe néolibéral par l’alignement sur des politiques de régression sociale imposée par la compétition généralisées entre les travailleurs et les territoires européens. Mais elles pourraient aussi ce développer sur un axe progressiste et ce qui détermine la voie empruntée à chaque instant de l’histoire est le rapport des forces politiques. Or, au moment où les peuples européens souffrent comme jamais du capitalisme financiarisé et de l’idéologie néolibérale, le rapport de force peut se retourner en faveur de l’axe progressiste. Oui, la monnaie unique est aujourd’hui devenue insoutenable avec des politiques et des institutions néolibérales ! Mais cette impasse a deux issues et non pas une seule. On peut faire sauter soit la monnaie unique, soit les politiques néolibérales, soit l’euro, soit l’eurolibéralisme. Le PG ne campe pas sur la monnaie unique pour préserver un quelconque totem ; nous n’avons aucun culte de la monnaie unique et pouvons bien si nécessaire considérer d’autres options. Car l’union monétaire, pas plus que l’Union européenne, n’est pas une fin en soi mais un instrument à employer dans la mesure où il peut contribuer au progrès humain. Le PG soutient pour l’heure le maintien dans la zone euro parce que son combat n’est pas mené contre l’intégration européenne mais contre le néolibéralisme. En restant dans la place, en démontrant qu’une politique progressiste est possible sans sortir de l’union monétaire, un gouvernement déterminé peut démontrer aux peuples voisins qu’ils peuvent eux aussi exiger une autre politique.

Tout comme la réalisation inattendue de l’improbable révolution du jasmin en Tunisie a réveillé une irrépressible mobilisation populaire dans le monde Arabe, la révolution citoyenne dans un seul pays de l’UE pourrait réveiller la résistance des européens contre les diktats de la Commission et du FMI. Abandonner la monnaie unique sans combattre, pour « sauver les meubles » franco-français, c’est abandonner les peuples à l’illusion que l’on ne peut pas mener d’autres politiques dans l’UE, c’est les abandonner à la démagogie nationaliste qui les dressera les uns contre les autres, tout comme les politiques néolibérales dressent déjà les travailleurs les uns contre les autres. Garder la monnaie unique comme bien commun des peuples unis d’Europe, nous la réapproprier en menant la politique que nous voulons, c’est provoquer un tel bouleversement dans la représentation collective des possibles que, peu à peu ou bien plus soudainement, c’est la stratégie néolibérale des gouvernements néolibéraux qui deviendra politiquement insoutenable dans la zone euro, c’est leurs gouvernements que les peuples chasseront et non l’euro.

Résolution politique

RESOLUTION POLITIQUE

ADOPTEE PAR LE CONSEIL NATIONAL DU PARTI DE GAUCHE DES 9 ET 10 AVRIL 2011

L’histoire s’emballe. C’est la marque des périodes où un ordre en place vacille tandis que le suivant cherche son chemin. Le monde sort groggy des décennies de la grande régression du néo-libéralisme triomphant. Il craque de toutes parts. En quelques semaines, le tissu s’est déchiré en deux points essentiels, avec les révolutions dans le monde arabe et la catastrophe de Fukushima. Ces bouleversements historiques continuent leur course sous nos yeux. Nul ne sait où celle-ci ira. L’histoire s’écrit en majuscules en ce moment même. Les peuples y jouent le premier rôle. Ils cherchent une alternative et sont conduits à reprendre leur destin en main. La domination des oligarchies est devenue plus usée, plus étroite, plus visible, plus intolérable. L’humanité marche sur le bord du toit, entre la catastrophe à laquelle conduit ce système finissant et la révolution citoyenne qui lève pour en sortir.

Révolutions citoyennes contre oligarchies
En quelques mois se sont déclenchées plusieurs révolutions citoyennes dans les pays arabes et des mobilisations sociales d’ampleur extraordinaire dans plusieurs pays d’Europe, France, Portugal, Grèce, Grande-Bretagne, Italie…

Ces mouvements surgissent au même moment en des lieux si différents, du Portugal au Wisconsin, de l’Islande à la Tunisie, car ils sont liés entre eux.

Ils ont un même point de départ : la crise du capitalisme. La transformation de la dette privée accumulée par la finance en dette publique au moment du « sauvetage des banques » à la fin 2008 a produit deux effets. D’abord un nouveau tour de vis social a commencé presque partout sous la forme de plans et mesures d’austérité aggravée. Ensuite la crise économique a pris une forme directement politique puisque la dette publique est devenue le moyen de remplacer la souveraineté des peuples par celle des marchés financiers.

Ils portent les mêmes exigences : le partage des richesses et le respect de la souveraineté du peuple. Celles-ci apparaissent indissociables, égalité sociale et souveraineté politique marchant ensemble.

Ils affrontent les mêmes ennemis : les oligarchies en place, dont la connivence par delà les frontières se révèle.
Bifurcation dans le monde arabe

C’est dans le monde arabe que les peuples se sont exprimés avec le plus de force. Le mouvement parti en Tunisie s’est presque immédiatement élargi à toute une région du monde unifiée par de nombreux points communs : la langue, une population très jeune, un haut niveau d’éducation, l’urbanisation rapide et massive, des inégalités sociales considérables, le grand nombre de pauvres, des cultures politiques dominantes déstabilisées par le néo-libéralisme, des pouvoirs despotiques et corrompus.

La dynamique extraordinaire des révolutions dans le monde arabe s’est manifestée par la rapidité de leur approfondissement et de leur extension. Leur approfondissement s’est exprimé quand, après le « dégage » initial lancé au dictateur, les mouvements populaires victorieux ont demandé le départ du parti au pouvoir puis exigé un changement complet des institutions, comme le permettra l’Assemblée Constituante qui sera élue en juillet prochain en Tunisie. Elle se traduit aussi par la contestation massive des liens qui unissent ces régimes aux puissances impériales. Confronté à des difficultés économiques majeures et à la nécessité de fabriquer des outils politiques nouveaux dans le cours même du combat, ce processus d’approfondissement, de révolution permanente, n’est pas acquis.

Une première extension du mouvement révolutionnaire parti de Tunisie s’est réalisée vers la majorité des pays du Maghreb et du Machrek. La révolution a d’abord été victorieuse en Egypte. Un événement considérable par la vitesse de son déroulement comme par le poids démographique de ce pays de 85 millions d’habitants. Débutée une semaine après les Tunisiens, la révolution égyptienne obtient le départ de Moubarak en seulement 18 jours. Puis la contestation a gagné la zone du Golfe (Yemen, Bahrein, Oman), s’est élargie à tout le Maghreb et touche dorénavant la Syrie.

Prises par surprise, les oligarchies au pouvoir ont d’abord été tétanisées. Leur contre-offensive a commencé sous la forme d’une répression sanglante en Libye. Dans ce 6ème pays arabe à entrer dans la tempête des soulèvements populaires, la violence a atteint le niveau d’une véritable guerre, susceptible de mettre en péril l’ensemble de la dynamique révolutionnaire enclenchée dans le monde arabe. Le pays est immense et sous peuplé, l’Etat est embryonnaire, le pouvoir repose sur un équilibre entre des tribus, il n’existe ni opposition organisée, ni vie politique au sens habituel du terme. C’est dans ce contexte que le pouvoir libyen a décidé de déchaîner la violence contre son peuple après un appel au soulèvement général pacifique lancé le 17 février au lendemain de premières manifestations à Benghazi, puis celles de Tripoli le 20 février contre la vie chère et les privatisations imposées par le FMI. Pendant plusieurs semaines, la contestation semblait condamnée à un écrasement militaire. C’est alors, après de longues discussions diplomatiques que le Conseil de Sécurité de l’ONU, sans veto de l’un de ses membres, a adopté la résolution 1973, qui décidait la protection de la population civile par tous moyens nécessaires, et ouvrait la voie à l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Libye, assortie de frappes aériennes sur des objectifs militaires.

Depuis la mise en place de cette zone d’exclusion aérienne, les insurgés ont échappé à l’écrasement. Ils sont repartis en mouvement et le signal d’une révolution noyée dans le sang n’a pas été donné. Mais l’OTAN a rapidement pris le contrôle des opérations. Le consensus international qui avait permis le vote du Conseil de Sécurité a volé en éclats. La communauté internationale a fait silence sur la répression du mouvement populaire en cours à Bahrein, avec la participation de l’armée saoudienne.

C’est une chose de mettre en place une zone d’exclusion aérienne sous mandat de l’ONU, c’en est une autre de confier à l’OTAN une guerre aux buts d’autant plus inquiétants qu’ils ne sont pas indiqués. En effet, l’OTAN n’est pas un outil d’action militaire neutre et c’est pourquoi nous avons combattu le retour de la France dans son commandement intégré. C’est une alliance politique au service de ses composantes et d’abord de leur chef de file, les Etats-Unis d’Amérique. Son engagement change la nature de la situation dont elle devient partie prenante. Le PG ne soutient d’aucune manière l’entrée en action de l’OTAN. Nous demandons l’arrêt des combats et de l’intervention de l’OTAN, ainsi que l’ouverture d’une médiation internationale.

Ces événements comme ceux de la Côte-d’Ivoire ravagée par une guerre civile où Sarkozy vient d’impliquer l’armée française de manière irresponsable obligent la gauche à préciser sa conception du nouvel ordre international qu’elle aspire à construire. ONU, OMC, FMI, G8, G20… quelles sont les instances légitimes, quelles sont les réformes nécessaires, quelles sont les organisations nouvelles à mettre en place ? Faut-il et peut-on opposer à l’unilatéralisme états-unien la force d’un droit international ? Comment anticiper les conséquences du changement de hiérarchie au sein des puissances capitalises ? Nous proposons la tenue d’une Convention militante sur ces questions car les tumultes ne font que commencer et les désaccords qui se sont exprimés au sein de l’autre gauche dans le monde entier doivent être débattus et, si possible, surmontés.

Montée des tensions en Europe
La situation européenne est marquée par la radicalisation des rapports politiques et sociaux.

L’oligarchie en place vient de lancer une offensive inédite qui s’en prend désormais explicitement aux principes démocratiques les plus élémentaires. Le « semestre européen » récemment adopté contraint chaque gouvernement à soumettre son projet de budget à la Commission européenne avant même son examen par le parlement national. Le pacte euro-plus fixe aux Etats des objectifs d’austérité sociale hors mandat populaire. Ces décisions constituent un véritable coup d’état social destiné à imposer aux peuples européens les politiques d’austérité qu’ils n’accepteraient jamais de soutenir par leur vote. Il faut noter que ces attaques extrêmement graves se déroulent dans un black-out médiatique et politique presque total.

Le caractère anti-démocratique de la « gouvernance » néolibérale est confirmé et aggravé. En Grèce déjà, le premier ministre Papandreou, avait dessaisi son Parlement en lui demandant les pleins pouvoirs pour signer des accords avec le FMI alors même qu’ils comportent des dispositions politiquement essentielles (privatisations, réformes sociales, mesures fiscales…). Dernièrement, le premier ministre portugais Socrates vient aussi d’attenter gravement à la démocratie dans son pays. Alors qu’il a démissionné après que son plan d’austérité a été rejeté par le Parlement et qu’il est chargé uniquement « d’expédier les affaires courantes », Socrates vient de demander à ce que son pays soit placé sous la coupe du régime d’exception commun de la Commission européenne, de la BCE et du FMI. A la demande d’un premier ministre déchu, des instances internationales non élues s’apprêtent donc à gouverner contre un peuple et contre une décision de son Parlement.

En réaction à ces offensives, on assiste à une amplification des luttes sociales et politiques. Des mouvements sociaux d’ampleur historique se multiplient. Londres a connu sa plus grande manifestation sociale depuis 20 ans. Les banques britanniques et les groupes accusés d’évasion fiscale sont massivement pris pour cible. Au Portugal, un appel lancé par quatre jeunes précaires sur Facebook a conduit en un mois à la plus grande manifestation qu’ait connu le pays depuis la révolution des œillets de 1974. En Islande et en Irlande, les partis en place ont été éjectés du pouvoir. L’Europe semble mure à son tour pour les révolutions citoyennes qui ont déferlé dans l’Amérique Latine saignée par le FMI et a même des échos en ce moment aux Etats-Unis avec le mouvement du Wisconsin, passé de la contestation d’un plan de rigueur à un processus de révocation des sénateurs de l’Etat.
Il faut faire campagne en France et dans toute l’Europe contre le pacte euro-plus et les politiques d’austérité. Le Parti de Gauche donc du 1er mai un des moments d’expression de la colère sociale telle qu’elle s’exprime aujourd’hui contre la hausse insupportable des prix des denrées alimentaires de base, des prix de l’énergie ainsi que l’explosion des loyers dans les grandes agglomérations. Le Parti de Gauche s’investira massivement dans la préparation de la grande initiative décidée par le Front de Gauche le 3 mai prochain à Paris qui couronnera une campagne nationale d’information et de mobilisation contre les dispositifs européens que les oligarques espèrent cacher aux yeux de nos concitoyens.

L’humanité frappée à Fukushima

La catastrophe de Fukushima est un tournant dans l’histoire de l’humanité. Au vingt-et-unième siècle, les êtres humains sont désormais confrontés aux limites de leur écosystème menacé d’être détruit par leurs activités.

Le tremblement de terre et le raz de marée au Japon ont ainsi rappelé, face à l’égoïsme aveugle des intérêts particuliers, l’unité de la communauté humaine et son intérêt général. L’activité économique ne peut plus être pensée sans partir de son impact à long terme sur l’écosystème qui rend possible la vie humaine. Or si le capitalisme n’est pour rien dans les terribles soubresauts sismiques de notre planète, il en est tout autrement de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Elle ne révèle pas seulement l’évidente nécessité d’une sortie programmée du nucléaire mais plus globalement l’impasse du productivisme et de la loi du tout marché qui a confié à des sociétés privées le soin de gérer une énergie aussi dangereuse que le nucléaire. A Fukushima, le paradigme du libéralisme, qui laissait entendre que l’intérêt général peut résulter de la somme d’intérêts particuliers et donc de la recherche maladive du profit, s’est mué en cauchemar. Vingt cinq ans après l’histoire semble ainsi bégayer : Tchernobyl était la démonstration de l’échec d’un système bureaucratisé reproduisant le modèle productiviste, Fukushima restera comme l’échec du système capitaliste et de son productivisme intrinsèque. Cet événement confirme donc pour notre Parti son engagement pour la sortie raisonnée du nucléaire, qui est l’un des chantiers prioritaires de la planification écologique que nous appelons de nos vœux.

La discussion doit avoir lieu à gauche sur cette question de la transition énergétique. La position du parti écologiste que nous sommes repose sur deux convictions. La première est qu’il faut sortir des énergies fossiles qui provoquent l’effet de serre qui est le danger global majeur. Cela inclut les huiles et gaz de schiste. La seconde est qu’il faut sortir du nucléaire. Car le danger existe dès la première centrale. C’est un processus progressif, par nécessité. Il implique de pouvoir débattre librement, avec toutes les informations en main, des modalités de la transition énergétique comme celles que propose le scénario NegaWatt Cette décision qui engagera le pays pour de longues années doit être prise par referendum. Il exige la constitution d’un service public de l’énergie sans aucun de ces capitaux privés qui font passer les profits immédiats avant la sécurité et le droit d’accès à l’énergie. Il commande aussi d’approfondir et d’accélérer les efforts pour tout ce qui concerne l’efficacité, le démantèlement des centrales, le traitement des déchets et la réhabilitation des zones sinistrées. Le Parti de Gauche a déjà tenu un forum sur la question de la transition énergétique et formulé de nombreuses propositions depuis deux ans. Nous décidons de les compléter en travaillant maintenant sur la question de la reconversion de l’industrie nucléaire.

Le choc des cantonales

Le choc des élections cantonales aura effondré un nouveau bout du décor branlant de la Cinquième République. Cette fois c’est son aile droite qui s’est décrochée. L’UMP subit l’une des plus cuisantes sanctions qu’ait connues un pouvoir en place depuis cinquante ans. L’abstention la décime, comme le montre sa poussée dans les bureaux bourgeois. Coiffée d’un parti unique au sommet, elle éclate électoralement à la base. Elle a perdu son leadership. Le refus des sortants d’utiliser l’étiquette UMP, trop associée à un président de la République largement rejeté, était déjà un signal de fin de partie. En confirmant le fait que Sarkozy n’est plus la solution mais le problème pour la droite, ces élections précipitent sa crise. Car la droite politique repose sur l’autorité d’un homme. C’est un effet de culture politique comme des institutions qu’elle a voulues. C’est aussi que le leadership d’un seul est l’antidote à l’éclatement auquel la promet l’ampleur des contradictions politiques qui la traversent. Et notamment de sa contradiction fondamentale : la droite française ne peut pas mener la mue néo-libérale à laquelle l’enjoint le capital financier transnational tout en gardant une majorité durable dans le pays.

Voilà ce à quoi l’extrême-droite prétend répondre. Avec le succès du FN dans les urnes, une alternative de direction à Sarkozy émerge au sein de la droite. Certes le personnel politique du Front national n’est pas encore au niveau de cette ambition. Mais ils ont marqué des points dans la bataille des idées. En faisant de Marine Le Pen une « populiste anti-système » alors qu’elle est pour lui au contraire l’assurance de se perpétuer, les forces dominantes ont soufflé dans ses voiles. En plaçant le débat politique sur le terrain des 3 « i », identité, insécurité, immigration, Sarkozy n’a pas seulement mis en pratique les thèses des principaux inspirateurs du FN regroupés dans le club de l’Horloge à la fin des années 70.Il a conforté le parti des Le Pen. Il continue de le faire avec son instrumentalisation contrefaite de la laïcité, détournée en moyen de stigmatiser les pratiquants d’une religion et d’une seule. Le rejet par la droite de la proposition de loi que nous venons de déposer pour le respect de la laïcité montre bien cette hypocrisie et nous invite à accentuer notre combat pour l’application de la laïcité et donc la fin des cadeaux fiscaux et financements publics versés aux écoles et associations confessionnelles.

La gauche sort gagnante du scrutin. Mais c’est pour l’essentiel la conséquence du recul de la droite. Le mécontentement des classes populaires s’exprime d’abord par l’abstention. Celle-ci est aussi la conséquence des déceptions accumulées par rapport à la gauche. Il existe donc des énergies immenses que le Front de Gauche doit mobiliser politiquement. Qu’ont dit ceux qui ont voté ? Les Verts et le PS perdent des centaines de milliers de suffrages par rapport aux élections de l’an dernier. Seul le Front de Gauche progresse. Au premier tour, il obtient 10,5 % des voix sur les 1600 cantons de la France métropolitaine où il se présentait. Par rapport aux régionales, le Front de Gauche gagne 250 000 électeurs. Au second tour, il totalise 118 conseillers généraux élus. 31 l’ont été dès le premier tour, 87 au 2ème tour sur 131 candidats encore en lice. Cet excellent prorata élus/candidats se double d’un autre résultat intéressant : ramené à ces 131 cantons, le FDG dépasse en effet les 60 % de suffrages exprimés contre 56,75 % pour le PS et 46,57 % pour Europe Ecologie – les Verts. Ces résultats démontrent non seulement la forte progression du Front de Gauche mais également sa capacité à rassembler une majorité d’électeurs sur ses candidats au deuxième tour. Le Front de Gauche commence à apparaître comme un outil sur lequel le peuple peut compter à la fois pour battre la droite et l’extrême droite et pour reprendre le pouvoir confisqué par l’oligarchie.

Comment à la fois débarrasser le pays d’un Président de la République qui s’accroche au pouvoir contre l’avis du peuple et le libérer de la tutelle de l’oligarchie qui n’a cessé de s’aggraver ? Il faut une Assemblée Constituante débouchant sur une Sixième République. C’est dans cette perspective que nous envisageons l’élection présidentielle. Nous ne voulons pas faire élire un président qui concentre tout le pouvoir, mais qui dès son élection le restitue au contraire au peuple souverain.

Vers 2012
Les élections cantonales ont fait du Front de Gauche la deuxième force politique de gauche. Nous avons arraché nos élus seuls, contre des concurrents à gauche souvent coalisés. Notre choix de l’autonomie est conforté par des électeurs de plus en plus nombreux à exprimer la volonté d’une alternative à gauche comme pour le pays.

Notre programme partagé est en cours d’élaboration. C’est le plus important à nos yeux car c’est lui qui permettra au Front de Gauche de montrer que le changement est possible, que la souveraineté du peuple peut être rétablie, et que la France sera plus forte quand elle aura sorti les oligarques de toutes les positions de pouvoir qu’ils occupent illégitimement. Le Parti de Gauche souhaite que ce travail soit finalisé au plus vite afin de pouvoir porter tous ensemble et sans attendre nos propositions dans le débat public. Il est temps que le débat programmatique ait lieu à gauche. Les propositions présentées récemment par le PS montrent en effet l’ampleur des désaccords. Leur programme n’est ni socialiste, ni réaliste. Il n’envisage aucune des ruptures qu’appelle la crise sur le plan social, économique, écologique, démocratique et européen. Il ne présente aucune stratégie concrète face aux banques et aux traités européens. Ce programme compte sur la mobilisation automatique face à un Sarkozy largement rejeté. Mais il risque de désorienter et démobiliser ceux qui attendent de la gauche un vrai changement. Le Front de Gauche pense à l’inverse qu’il faut renforcer et élargir les luttes sociales, écologiques et politiques de notre peuple. La souffrance sociale monte dans le pays. La hausse du coût de la vie frappe de nombreux ménages. Les services publics luttent pour leur survie. Face à cela, les luttes collectives qui se développent ont un rôle essentiel. Notre parti y participe avec force. Notre mission singulière est de traduire dans le langage universel de l’intérêt général jusqu’aux luttes de citoyens réunis autour de questions en apparence locales comme la réhabilitation de leur logement ou le remplacement d’enseignants absents. Notre vocation de parti d’éducation populaire est fondée sur le pari de l’intelligence collective. Nous refusons de laisser un nombre croissant de nos concitoyens être condamnés à la survie, submergés et abattus par les difficultés, privés de tout espoir de changement, parce qu’ils sont empêchés de percevoir que leurs malheurs trouvent leur origine dans un système économique qui peut être dépassé. Notre programme aura donc pour première finalité d’encourager la mise en mouvement de la société en démontrant qu’il existe des alternatives aux maux qui la frappent, comme le fléau aux mille visages de la précarité. Afin que la forme corresponde au fond, l’implication populaire que nous visons dans la société sera mise en pratique dans l’élaboration du programme lui-même à travers la tenue d’ateliers législatifs qui pourront être menés par les candidats aux législatives pour préparer nos futures propositions de loi.

Le Front de Gauche vient d’adopter un texte stratégique. Il réaffirme son ambition de construire une nouvelle majorité populaire face à la droite et à l’extrême-droite, sa volonté de gouverner le pays sur la ligne politique de rupture que nous demandons au peuple de mettre en tête de la gauche au premier tour. Il permet l’élargissement du Front de Gauche, à la base, par le biais d’Assemblées citoyennes, dans les secteurs, par des Fronts de gauche thématiques, au sommet par l’intégration de nouvelles formations comme la FASE. Cet élargissement doit être concrétisé sans tarder. Le succès des expériences de Front de gauche élargi comme celle de Limousin Terre de Gauche, encore conforté lors des cantonales, indique la voie à suivre. Le Parti de Gauche appelle notamment le NPA à participer partout à un rassemblement unitaire. Dans toute la France, comme dans le Limousin, sa place est dans le rassemblement de l’autre gauche.

Les discussions avancent enfin sur les candidatures du Front de Gauche pour le paquet de la présidentielle  et des législatives de 2012. Notre Conseil national de janvier avait décidé, à la demande de la direction du PCF qui souhaitait pouvoir débattre de cette proposition dans le cadre de ses procédures internes, de présenter la candidature de Jean-Luc Mélenchon. A cette heure, le CN de la Gauche Unitaire a décidé à l’unanimité de soutenir cette candidature. Pierre Laurent a exprimé la même préférence au nom de la direction du PCF en ouverture de son CN. La question qui avait fait éclater le rassemblement de la gauche anti-libérale en 2007 est donc en voie d’être résolue. Pour chacune des formations du Front de Gauche, c’est un choix historique. Pour le Front de Gauche dans son ensemble, cela permet d’affirmer sa diversité qui fait sa force et son attractivité. En ce qui concerne les législatives, les premières rencontres qui ont eu lieu entre nos partis ne constituent qu’un début de discussion. Le PCF et GU y ont indiqué leurs bases de négociation. Le Parti de Gauche met de son côté sur la table plusieurs propositions politiques afin de mener la meilleure campagne possible ::

1 – un label politique et une charte graphique communs aux deux élections.

2 – L’élargissement du Front de Gauche. Soit :

  • Son ouverture immédiate à tous ceux, partis et courants compris, qui se reconnaissent dans son texte stratégique et son programme partagé.
  • La répartition des porte-paroles de campagne entre tous les partis du Front de Gauche ainsi qu’à des personnalités qui nous rejoindront.
  • La mise en place d’un conseil politique au plan national qui regroupera des représentants des partis du Front de Gauche, de comités du Front de Gauche dans les circonscriptions, des Fronts de Gauche thématiques.

La campagne devra s’inspirer du succès des expériences « Terre de Gauche » qui constituent autant de démonstrations réussies de l’unité possible de toute l’autre gauche y compris en intégrant les représentants de ces nouveaux regroupements politiques au conseil politique de campagne

3 – L’ouverture de discussions avec le NPA afin de leur renouveler clairement une proposition d’alliance pour ces élections. Tout doit être tenté pour rassembler l’autre gauche jusqu’au parti d’Olivier Besancenot.

Nous ne doutons pas maintenant de déboucher sur un accord favorable qui donne aux militants de nos partis et aux dizaines de milliers de nos concitoyennes et concitoyens qui souhaitent s’engager dans le Front de Gauche l’envie de s’investir pleinement dans la campagne des présidentielles et des législatives. Le Front de Gauche est une démarche qui dépasse l’intérêt légitime des partis qui le composent.

Elle est le seul espoir pour la gauche et donc pour notre peuple. Le Parti de Gauche est né à son service. Pour nous, les rencontres avec le suffrage universel en 2012 n’ont pas d’autre horizon que de la porter aussi loin et aussi haut que possible.