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Chronique ukrainienne : Il faut arrêter l’engrenage d’urgence

Frédéric Martin-Bouyer, Commission Europe

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Cela fait plusieurs semaines que ces chroniques n’ont pas été alimentées, non pas que la situation de l’Est de l’Ukraine se soit améliorée, mais ce suivi n’aurait servi qu’à faire un décompte macabre (dont la population civile du Donbass paie le plus lourd tribut), tant les autorités dirigeantes persistent et s’obstinent à répondre par les armes aux revendications d’autonomie de cette région. Il aurait fallu également commenter et tirer des conclusions hâtives comme se sont empressés de le faire tous les journaux du monde, sans le moindre début d’élément d’enquête, sur la tragédie du vol MH17. A ce titre il est intéressant de noter aujourd’hui que les preuves prétendument possédées par le renseignement Etatsunien, accusant les insurgés, n’ont à ce jour jamais été présentées. Les premières observations des observateurs de l’OSCE, n’ont pour autant, elles, jamais été relayées par la presse. https://www.youtube.com/watch?v=7ze9BNGDyk4
LES ONG DENONCENT LES AGISSEMENTS DE L’ARMEE UKRAINIENNE
Et nombres d’ONG et d’organisations « légitimes » aux yeux des pays atlantistes, ont pu constater et rapporter les dégâts civils importants induits par l’opération dite « anti-terroriste » du gouvernement de Kiev. Selon le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU, le bilan est de 1367 tués, 4087 blessés, et 730 000 réfugiés. Il est également intéressant d’observer que la plupart des réfugiés choisissent de se rendre en Russie, qui est présenté comme le seul agresseur de ce conflit. Human Rights Watch et Amnesty international, généralement très alignés sur Washington ont tout de même émis des rapports mettant sérieusement en cause la régularité et les dégâts de l’opération militaire. La première a écrit ici une lettre ouverte au président d’Ukraine Poroshenko dénonçant les crimes de guerre de l’armée ukrainienne : http://www.hrw.org/news/2014/07/18/ukraine-letter-president-poroshenko-military-operations-lugansk-and-donetsk . La seconde dénonce l’impunité concernant les enlèvements et les mauvais traitements commis par les milices pro Kiev : http://www.amnesty.org/en/news/Impunity-reigns-for-abductions-ill-treatment-eastern-Ukraine-06-08-2014 . La croix Rouge internationale dénonce quand à elle la situation humanitaire très grave à l’est du Pays: http://www.icrc.org/eng/resources/documents/news-release/2014/08-08-ukraine-humanitarian-situation-deteriorates-east.htm . Depuis peu Lughansk, ville de plus de 1 millions d’habitants est privée d’eau et d’électricité. Les bombardements et les tirs d’artillerie font rage dans le centre-ville de Donetsk.

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UNE INSTABILITE DE PLUS EN PLUS FORTE
Mais différents évènements particulièrement inquiétants pour la stabilité de l’Ukraine et de l’Europe se succèdent ces derniers jours. Dans un communiqué récent, nous dénoncions l’invitation qui a été faite au fondateur du parti national socialiste d’Ukraine (et responsable du conseil de sécurité nationale et de défense) par le Parti Populaire Européen (auquel participe l’UMP française) au parlement. http://www.lepartidegauche.fr/actualites/communique/le-fondateur-parti-national-socialiste-d-ukraine-recu-par-le-parti-populaire-europeen-au-parlement-29495. Ce dernier a présenté sa démission il y a peu sans donner de raisons. De plus, M.Yatsenouk, premier ministre, a lui aussi présenté sa démission avant de se raviser, arguant que les caisses étaient vides, qu’on ne pouvait plus mette d’essence dans les chars. C’est dire le point déliquescence de cette armée, qui voit des divisions entières se rendre à la Russie. Les réservistes conscrits se voient aujourd’hui piégés : Sous couvert d’un « exercice », ils sont directement envoyés au front. Beaucoup n’en reviendront pas. De nombreuses voix commencent à s’élever dans le pays – les femmes notamment- et un groupe parlementaire « pour la paix » a récemment demandé la dé-classification des rapports sur le bilan humain réel estimé selon leurs observateurs a au moins 10 000 morts. L’interdiction du parti communiste que nous dénoncions ici est également un point très préoccupant et le signe d’un état déplorable de la démocratie dans le pays. http://www.lepartidegauche.fr/actualites/communique/ukraine-coup-force-antidemocratique-la-majorite-liberale-fasciste-29407
PLUS D’EAU CHAUDE A KIEV AFIN DE GARDER DU GAZ POUR CET HIVER…
C’est dans ce contexte que Vitaliy Klitschko, maire de Kiev, a annoncé la coupure d’eau chaude pour la ville, afin de « conserver les ressources en gaz car chacun sait que l’hiver sera très dur ». Les habitants se sont vus encouragés à faire des travaux d’isolation. Autrement dit, il n’y aura pas de chauffage cet hiver dans ce pays ou les températures descendent facilement a -20 C°. Encore une fois la fin des subventions au gaz demandées par le FMI et le conflit à l’est risquent de provoquer un drame humanitaire pour ceux qui n’auront pas les moyens de se chauffer, ce qui doit peu inquiéter les oligarques ultralibéraux au pouvoir. La dévaluation forte de la devise ukrainienne continue de renchérir le cout de la vie d’une population donc le salaire minimum est inférieur de 30% au salaire minimum chinois. Cette situation porte les germes d’une tragédie et d’un nouveau soulèvement social de grande ampleur. Les premiers signes se font sentir : des violents affrontements ont éclaté entre les milices encore présentes sur la place Maidan de Kiev et le bataillon mobilisé par la ville pour faire évacuer cette place. D’anciennes milices alliées s’affrontent.

L’OTAN SOUFFLE SUR LES BRAISES
C’est dans ce contexte également que M.Rasmussen, secrétaire général de l’OTAN, s’est rendu à Kiev pour déclarer (pour ceux qui doutaient encore de l’implication Etatsunienne dans le conflit) que : « l’Otan travaille de manière encore plus étroite avec l’Ukraine pour réformer ses forces armées et ses institutions de défense » et « Nous conseillons l’Ukraine en terme de planification militaire et de réforme de la défense et nous sommes prêts à renforcer cette coopération ». Kiev est par ailleurs invitée au prochain sommet de l’OTAN qui se tiendra en écosse début septembre. On renforce l’option militaire, alors qu’il est plus qu’urgent de faire taire les armes…

UNE SOLUTION POLITIQUE POSSIBLE
D’autant plus qu’une solution politique est possible : différents sondages réalisés par un sociologue de l’université d’Ottawa, originaire d’Ukraine, ont montré que la grande majorité des ukrainiens du Donbass et de l’Est en général ne souhaite pas un rattachement à la Russie, pas un état indépendant, mais bien plus d’autonomie au sein de l’Ukraine.

http://www.washingtonpost.com/blogs/monkey-cage/wp/2014/07/20/what-do-citizens-of-ukraine-actually-think-about-secession/ Si l’on fait taire les armes, une solution est possible.

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UN COURAGE POLITIQUE NECESSAIRE
C’est pour cela que notre diplomatie ne peut plus s’aligner béatement sur le soutien sans faille de Washington à ce gouvernement aventurier qui a préféré vider ses caisses jusqu’au dernier centime dans l’option militaire au détriment des aides sociales et des réformes institutionnelles indispensables à la stabilité de l’Ukraine. La France peut et a le devoir de réagir au plus vite pour arrêter cette tragédie humanitaire. Une tragédie qui pourrait se transformer en baril de poudre : la Russie a annoncé la mobilisation de ses réservistes pour un « grand exercice » entre aout et octobre… http://fr.ria.ru/defense/20140801/202011656.html

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La gauche ? Elle était aujourd’hui dans la rue

La gauche ? Elle était aujourd’hui dans la rue

Samedi 12 Avril 2014 | Jean-Luc Bertet

Tête du cortège

La République elle-même dressée au milieu de la place qui porte son nom avait été ceinte d’une énorme banderole : « Hollande, ça suffit. » Une de ses trois allégories portait un bandeau sur les yeux. Comme si elle ne voulait pas voir ce qu’était devenu son Ve avatar. A ses pieds, la foule s’est massée, lentement mais sûrement. Le carré de tête déjà engagé boulevard Voltaire piétinait en attendant que les troupes se densifient. Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent, Olivier Besancenot, Alexis Tsipras et les autres en profitaient pour répondre aux interviews. Le cortège s’est finalement ébranlé avec sa demi-heure de retard habituel, précédé de quelques centaines d’impatients qui jouaient les éclaireurs.

La gigantesque statue avait donné le ton. Il ne s’est pas révélé plus amène en cours de manif pour le monarque républicain. Depuis « Hollande, trahison » jusqu’à la « Valls à trois temps : récession, régression, désocialisation » pour caractériser le cahier des charges de son homme de main de Premier ministre, le cortège s’est montré aussi bon enfant que radical. Si une ligne de manifestants pour résumer la politique présidentielle s’était déguisée en bagnards « condamnés à l’austérité », d’autres se voulaient plus offensifs comme les représentants de l’Université de Paris 8, élèves et professeurs, scandant : « Facs fermées aux intérêts privés, facs ouvertes à tous les sans-papiers » ou bien plus loin « Le problème, c’est le banquier, pas l’immigré ».

Dans l’ordonnancement de la manif, les associations suivaient le carré de tête. Le Dal, les organisations féministes, les sans-papiers, les enseignants et chercheurs du supérieur, tous avaient des griefs particuliers envers la réponse peu socialiste – quand il y en a – à leurs légitimes revendications. Les précaires – chômeurs, intérimaires, intermittents du spectacle – disaient se retrouver là pour un tour de chauffe. La convention Unedic, tout juste revue et corrigée par le Medef, paraphée par la CFDT, FO et la CFTC devrait, si elle est agréée par le gouvernement, coûter des centaines, voire des milliers d’euros par an à chacun. Tous ces « associatifs » ont prévenu qu’ils comptaient prendre au sérieux le slogan « Résistance ! »

Derrière venaient les syndicats. Des fédérations de SUD, de la FSU, mais surtout de la CGT se sont retrouvées assez massivement dans la rue malgré l’opposition de la confédération de Montreuil. On a aussi vu des drapeaux écologistes parmi les défilés des organisations politiques, très fournies et très dynamiques. La rue a bruissé de drapeaux rouge-vert et rouge, le PG et le PCF ayant sans mal leurs adhérents pour parvenir à construire cette « opposition de gauche » plus que nécessaire.

Valls qui a l’habitude de diviser par dix ou vingt le nombre des manifestants de gauche ne se montrera pas publiquement affecté par les 100 000 d’aujourd’hui. Peu importe, l’ampleur de cette première manifestation, à travers ses slogans – « PS = pseudo socialiste » ; « Une Valls ? Non ! La Carmagnole contre l’austérité »… -, est une première étape. Une grande banderole affichait la seconde : « Européens ensemble contre l’austérité ». L’amateur de corrida déclaré qu’est le Premier ministre aurait tort de croire qu’il nous réservera le sort du taureau et qu’après avoir joué au picador, il mettra à mort nos démocraties et nos quotidiens avec l’épée de l’Europe et du Grand marché transatlantique. Nous nous retrouverons au plus tard dans les urnes le 25 mai pour le deuxième round.